samedi 27 février 2016

Itinérance inuit

Ai!
En direct du sud, le Nord n'est jamais bien loin ou pas si loin qu'on se l'imagine en tout cas pas dans les rues de Montréal. Les Inuits représentent grosso modo 45% de l'itinérance autochtone en milieu urbain. Ils sont surreprésentés dans l'itinérance autochtone. C'est gros, on estime que la moitié des Inuits de Montréal sont itinérants.
Pourquoi les Inuits viennent dans les rues de Montréal?
C'est ce qui m'a été demandé quand je suis sortie d'un organisme communautaire vraiment hot situé à Montréal dans une église qui accueille justement beaucoup d'Inuits. Ça s'appelle Open Doors.
Le centre accepte les donations by the way si vous vous sentez généreux et non, ils ne parlent pas de religion avec les gens qui viennent (j'ai demandé). http://opendoortoday.org/ C'est une ancienne église convertie en wet center à Montréal qui est ouverte depuis 27 ans. C'est quoi un wet center? C'est un centre qui contrairement à la plupart des centres pour itinérants accueille des gens saouls, sur le crack ou somme toute intoxiqués alors que la plupart des centres les refusent. Les gens dorment sur les bancs d'église, c'est assez spécial à voir. Le centre est ouvert de jour ce qui fait que les personnes incapables d'être sobres (et donc qui sont refusées par les autres centres) passent souvent leur nuit à déambuler dans les rues et au matin ils vont dormir sur les bancs de cette église. Enfin, une église qui sert à quelque chose! ;)

Je comprends pourquoi il n'y a pas beaucoup de centres qui acceptent les gens intoxiqués pour des raisons évidentes. Cependant, je ne suis pas d'accord que ce soit inutile d'intervenir avec quelqu'un en état d'ébriété et pourtant je n'ai pas toujours été de cet avis. Au Nord, lorsque j'ai commencé on m'avait dit 't'interviens pas avec les gens saouls'. Puis, la ligne directrice a changé ou j'avais été mal informée c'est toujours difficile de savoir au Nord. Je me souviens avoir eu des discussions sur ce sujet et j'étais vraiment pas chaude à l'idée. Les Inuits saouls font peur, c'est vrai. Ils gueulent et crachent souvent leur mal de vivre sur tout ce qui bouge et pas doucement eux qui sont pourtant d'un ordinaire réservé. Les femmes surtout sont impressionnantes de par leur fureur. Je me souviens par contre avoir eu des 'belles' interventions avec une personne intoxiquée. Oui, l'essentiel de la conversation la personne l'aura probablement oublié le lendemain mais elle se souviendra parfois que quelqu'un était là pour elle, que quelqu'un écoutait sa détresse, sa peine et il restera quelque chose, une empreinte et une trace.  C'est exactement ce que me disais l'intervenant d'Open Doors même si parfois il reste assis à ne rien dire, à écouter et se faire donner des accolades de gars saoul (et parfois des coups de poings dans la face aussi). La personne au final saura que quand elle aura besoin d'aide, peu importe son état il y aura quelqu'un pour elle et ça, ça vaut de l'or.

Les Inuits voyagent vers Montréal pour mille et une raisons. Parfois pour des rendez-vous médicaux, parfois pour des raisons judiciaires, parfois dans l'espoir de fuir leurs problèmes et leur misère et parfois simplement pour faire du magasinage, trouver un emploi, poursuivre des études etc. Tout est moins cher à Montréal et surtout l'alcool et les drogues. Il y a aussi des proxénètes, des vautours de tout genre qui rodent près des endroits où se tiennent les femmes Inuits pour abuser de leur confiance, leur donner de l'alcool gratuitement et, je vous laisse imaginer la suite... Il y a plus de ressources à Montréal qu'au Nord c'est sûr mais en même temps c'est très désorientant de rester pogné ici quand t'es habitué à la toundra. En même temps, paradoxalement certains recherchent l'anonymat qu'ils retrouvent temporairement dans la grande ville. Être itinérant dans ton village où tout le monde te connaît ou être itinérant à Montréal est assez différent.  Bref, les problèmes sociaux du Nord causent en grande partie l'itinérance à Montréal. Ne pas régler les problèmes ne fait donc que les déplacer. Les intervenants du milieu remarquent aussi l'augmentation de l'itinérance Inuit. La crise du logement au Nunavik que personne ne résout est largement pointée du doigt.
«Par ailleurs, si rien n’est fait, on connaîtra un essor de l’itinérance Inuit, ce qui amènera son lot de problèmes, de coûts sociaux et des coûts financiers pour les gouvernements de tous les niveaux, dont la Ville de Montréal et les villes environnantes.» (Société Makivik, 2012)
Donc, en gros même si les problèmes sociaux du Nord n'est pas un sujet qui t'intéresse parce qu'ils 'sont dont ben loin', dis toi qu'un jour ça viendra s'exposer devant toi au coin de la station Atwater ou lorsque tu passeras par le carré Cabot alors il n'est jamais trop tard pour t'informer un peu plus au lieu de détourner les yeux...
Atsunai!



mardi 19 janvier 2016

Que sera, sera

Ai!
C'était ma dernière semaine au Nord. Je ne vais pas m'aventurer à dire que ce sera la dernière de ma vie car l'expérience a prouvé que les choses ne sont jamais aussi simples. C'est comme une relation, même si on décide d'arrêter de voir et de parler à une personne qu'on aime, ça ne veut pas dire qu'on ne pense pas à la personne et qu'elle ne nous manque pas...  Le Nord est territoire de beauté mais aussi de laideur. Les extrêmes s'affrontent sans trop de nuances...Le Nord est déchirements, éloignement, solitude, noirceur, détresse mais il est aussi retrouvailles, immensité, intimité, présence, lumière, rires et joies. L'intensité est partout ici, dans la nature comme chez les êtres humains et c'est une partie du charme et du drame.

Parlant d'intensité, j'ai pu assister au party de départ de retraite de ma boss et à son départ à l'aéroport. Ça sonnera cliché mais, dans la vie on rencontre des gens d'exception et elle en est une. Je suis très choyée d'avoir pu travailler et connaître un peu cette grande dame qui aura passé une grande partie de sa vie au Nord. Je lui serai toujours reconnaissante de m'avoir engagé et d'avoir été la en personne ou au bout du fil lors d'interventions difficiles ou de questionnements. Elle aura su à sa manière orienter ma réflexion et celle de bien d'autres sur la présence des blancs ici.  Ses derniers mots à mon endroit avant de monter dans l'avion ont été ; 'Reviens au Nord'.  J'ai beaucoup pleuré à son party et à son départ... On a d'ailleurs eu la bonne idée de prendre une photo ou je suis vraiment à mon meilleur *sarcasme* mais c'est un bon souvenir...

Je retourne au sud. Ça n'a pas été exactement facile d'y retourner officiellement la dernière fois pour un tas de raisons. Je n'avais jamais pensé que ça serait aussi difficile, moi qui a normalement une bonne capacité d'adaptation. Je pense qu'il faut l'avoir vécu pour le comprendre.

J'ai eu envie de faire une petite liste de ce que j'ai trouvé difficile la dernière fois...
J'ai d'ailleurs changé d'emploi et de ville depuis mon retour officiel.
Voici donc les choses auxquelles je n'étais plus habituée à mon retour au travail dans le monde des blancs, dans mon monde.
Les 'crises' du sud ne sont pas celles du Nord...
Les avis ébullition qui font les gros titres des journaux me font suer.
Ai-je besoin de vous rappeler qu'au Nord parfois il n'y a même pas d'eau si les camions d'eau ont des problèmes ou qu'il y blizzard? Parfois, on demande à son voisin d'aller se laver chez lui, on va se laver au bureau (je l'ai fait à Umiujaq, aha) ou l'hiver on fait fondre de la neige pour avoir de l'eau pour laver sa vaisselle lorsqu'il n'y en a plus...
On fait bouillir l'eau, on l'économise et ici les gens lavent leur asphalte l'été.
- L'organisation du sud... des papiers encore des papiers
Les gens qui se plaignent la bouche pleine...Les gens qui en ont trop ont aussi trop de temps pour s'attarder à ce qui leur manque et se regarder le nombril.
- Le peu de vacances ; un mois de vacances par année ou moins devrait te rendre heureux, euh non?  Je suis une paresseuse et je m'assume.
- Le trafic matinal
Essayer de m'habiller mieux... je ne dis pas que les gens s'habillent mal au Nord (en fait oui mais pas tous)... je dis juste que ça a beaucoup moins d'importance comment tu es habillée et que le style 'sportif/nature/hippy' passe sans problèmes...
Les gens et le bruit... étais-je rendue sauvage ou le Nord avait juste renforcé une tendance naturelle? Le premier jour, j'étais 'overwhelmed' comme on dit en anglais. Nous, les blancs parlons tellement de tout et de rien. Nous parlons parfois pour ne rien dire. On ne se contente pas d'être'. Il faut paraître, parler, montrer qu'on est intelligent (même si ce n'est pas le cas) et qu'on a quelque chose à dire ou qu'on a fait quelque chose d'important de sa fin de semaine et de sa vie.
Aussi, c'est tellement important de bien manger au sud aussi que ça en devient ridicule (je m'inclus la dedans à l'occasion).  À la fin savez-vous qu'on va tous mourir peu importe qu'on mange du gluten ou qu'on boive du lait? Est-ce qu'on peut parler d'autre chose? Est-ce que vous pouvez arrêter de prendre des photos de votre bouffe? Une salade de quinoa, personne va me faire avaler qu'il tripe vraiment à manger ça.

Par ailleurs, l'article qui a suscité le plus de réactions d'internautes sur mon blog est celui où je parle de la chasse aux ours polaires.
Pas les articles ou je parle des femmes tuées et disparues.
Pas l'article ou je parle du suicide épidémique du Nord.
Je comprends et je conçois que c'est choquant un bel ours blanc mort, surtout que c'est une espèce en voie de disparition.
Cependant, ce n'est selon moi pas plus choquant que l'ignorance des Québécois sur les autochtones et inuits. C'est dommage que les inuits ne soient pas aussi cutes qu'un ours polaire sur la banquise.
Peut-être que si c'était le cas, les gens seraient moins caves.

Atsunai!





samedi 9 janvier 2016

Le retour et l'éducation

Ai!
Me voici revenue dans le royaume du froid pour un petit séjour de deux semaines. Merci la vie et ma boss qui m'a offert de revenir pour une petite saucette à Puvirnituq. (Coudonc, lis tu mon blog pour savoir que ça me manquait?)  Ça ne m'a pas pris 10 minutes après avoir déposé mon sac pour m'en aller marcher dans la toundra gelée qui m'avait manqué. Elle est magnifique en hiver. C'est thérapeutique vous savez, ce calme, cette infinité et ce silence. Si je meurt, j'aimerais qu'on répande mes cendres dans la toundra gelée si elle existe encore, prenez en note.



J'ai rencontré un autre animal nordique. Je l'ai montré à mes collègues inuits. Elles m'ont dit qu'elles n'avaient jamais vu ça. Il s'agit de la musaraigne nordique que j'ai rencontré dans la maison. Qui aurait cru, que de si petits animaux pouvaient survivre dans un tel froid? Elles sont très rapides, j'essaie de l'attraper pour la montrer mais à date mes efforts sont vain...




En montant, j'étais dans un avion de professeurs et je lisais 'Pédagogie des opprimés' de Paolo Freire. Pour ceux qui ne le connaissent pas, c'est un homme qui a beaucoup réfléchi sur l'importance de l'éducation chez les opprimés comme un moyen de libération et les rapports entre opprimés et oppresseurs. 

J'ai aussi eu une discussion intéressante avec un professeur originaire de Shippagan au Nouveau Brunswick. Il est la depuis 6 ans à Akulivik (un des pire village sinon le pire selon moi) et il me disait qu'il trouvait que ça empirait, que la consommation d'alcool notamment empirait, qu'un effet domino se produisait donc sur l'aggravation des problèmes sociaux et sur les élèves. Je lui ai demandé pourquoi il continuait d'enseigner.  Il m'a répondu que s'il n'avait qu'un élève d'intéressé, déjà ça valait le coup et qu'il aimait le peuple inuit et la vie au Nord.  Il était âgé, avait largement dépassé l'âge de sa retraite et n'avait pas besoin d'argent. Je suis sure qu'il se fait payer pareil mais en même temps je suis sure également qu'il n'est pas au Nord pour ça. Il avait également l'hypothèse que ça finirait par aller mieux après avoir été si mal, que tout système ou société en changement finit par se stabiliser avec le temps et revenir à un état relatif d'équilibre. Il était également critique du cursus scolaire proposé par la commission scolaire Kativik à ses élèves. L'ensemble du système éducatif au Nunavik bat de l'aile comme bien d'autres choses...

Au Nunavik, les trois premières années scolaires se font en inuktitut et ensuite c'est soit l'anglais ou le français au choix des parents. Les inuits doivent passer leurs examens dans la langue seconde choisie. Je rappelle également qu'il n'y a pas de Cégep pour les Inuits dans tout le Nunavik...Pourquoi il n'y a pas plus d'argent, de temps, de ressources investies dans les jeunes au Nunavik, dans la DPJ, les CPE comme dans le système d'éducation?  Il y a des projets, des initiatives mais il me semble que ça bouge trop lentement. Ils sont légion les enfants ici, vous savez et 85% d'entre eux n'obtiennent pas leur diplôme d'étude secondaires.  Pourquoi on investit pas davantage sur eux? Pourquoi on ne trouve pas de meilleures façons de leur enseigner inuit way? Je me doute que d'être assis dans une classe n'est pas la meilleure façon pour eux d'apprendre... Les problèmes sociaux font qu'ils ont de la misère en classe mais aussi parfois que c'est un refuge pour eux donc une fenêtre d'opportunité. Pourquoi on ne révise pas le calendrier scolaire pour répondre aux périodes de chasse? Je rêverais de revenir au Nunavik dans 30 ans et que le nombre de médecins, de policiers, d'infirmiers, de professeurs et de travailleurs sociaux Inuit ait explosé. Je sais que c'est un peu naïf mais l'utopie d'aujourd'hui est la réalité de demain.
Atsunai! 


vendredi 4 décembre 2015

Nostalgie

'Dans la toundra j'existe, l'âme toujours en mouvement à partir du cœur. Dans quelle direction va mon corps, tremblant, prêt à ne plus exister après avoir tant aimé la simple odeur des feuilles, la frénésie des oiseaux en mai ? J'existe, moins que le temps des lumières ou des enfants bienheureux. Mais quand bien même j'aurais été conçu pour cesser d'exister, j'existerais dans l'éternité des pierres, sur la trace des loutres amusées, dans l'envol d'un uppialuk millénaire. Crier cette existence donne tout son sens à mon non-sens possible.' - Jean Désy


Le Nord me manque parfois. J'y reviendrai... en 2016 peut-être y faire un petit tour... ;)
Atsunai

samedi 6 juin 2015

Taima

Ai!
Revirement de situation, je suis de retour dans mon chez moi plus tôt que prévu car le travailleur social que je remplaçais a décidé d'écourter ses vacances. J'aurais pu rester davantage mais j'ai décidé de repartir vers la chaleur et mon monde à moi. Il est étrange de partir du Nord en se disant que ça sera la dernière fois. Il est étrange d'être ici en se disant qu'on ne remontera pas de sitôt. Ce n'était pas triste de partir et, je ne l'étais pas.
Je crois que j'étais un peu fatiguée et que mon temps était venu. 
Qui sait, peut-être que lorsque je serai vieille j'y retournerai. Je sais que le Nord n'ira nulle part et qu'il y aura toujours besoin de TS et qu'une TS expérimentée sera toujours la bienvenue.  
le Nord ou les pieds entre deux univers
Le chauffeur inuk que j'aime bien m'a apporté à l'aéroport d'Umiujaq en commençant par me dire 'Taima, Émilie?' ce qui veut dire 'c'est terminé, Émilie?' J'y ai vu comme un signe vu qu'il ne pouvait pas savoir que ces mots avaient une signification plus profonde pour moi. J'ai eu un petit moment d'émotion et j'ai regardé au loin la magnifique toundra vaste et infinie et j'ai répondu 'Aa Taima' ce qui veut dire 'oui, c'est terminé'. 

mercredi 20 mai 2015

Le début de la fin

Ai!
Je suis de retour a Umiujaq pour ce qui sera fort probablement mon dernier séjour au Nord pour le moment. Étant une éternelle indécise, je ne veux pas dire que j'en suis sure car ce n'est pas vrai. Plusieurs raisons motivent ce choix et elles ont transparu lors de mes écrits dans ce blog. Mes premiers jours ici ont été assez difficiles aussi. J'en reparlerai peut-être mais, pas en détail. Je ne parle pas souvent des histoires de cas que je rencontre ici car je cherche à respecter la confidentialité et ces histoires ne m'appartiennent pas même si j'y joue un rôle.  Un ami qui lit ce blog m'a un jour suggéré de continuer à faire du Nord parce qu'il trouvait qu'on avait besoin de plus de monde comme moi ici. C'est gentil mais ce n'est pas vrai.

J'ai lu dernièrement 'Guerriers de l'impossible' que je vous conseille qui parle de l'argent, des armes et de l'aide humanitaire. Quel est le lien avec le nord me direz-vous? J'en ai vu plusieurs. Je cite Amanda Nutt ; 'Pour améliorer l'efficacité de l'aide, le mouvement humanitaire doit se réajuster en misant sur le transfert des connaissances et la formation de même qu'en réduisant les obstacles qui entravent l'engagement et la participation des populations locales. Cet objectif ne pourra jamais être atteint avec l'ouverture de bureaux toujours plus grands composés majoritairement d'étrangers occupant des postes décisionnels alors que des communautés attendent passivement que leur vie change.'

Il se passe malheureusement souvent la même chose au Nord, pas toujours mais souvent. Le Nord est peuplé d'étrangers qui viennent travailler et parfois vivre. Ils n'appartiennent pas au Nord mais font parfois comme si le Nord et leurs habitants leur appartenait... Certains prétendent savoir ce qui est mieux pour ces populations, en fait chacun à sa petite idée et d'autres continuent de se le demander. Les TS qui ont un poste permanent et qui ne prennent que 4 mois de vacances au sud ont plus de pouvoir de changement je crois qu'une TPO comme moi qui se promène constamment et qui fait de petits séjours. Comme en travail de rue, le lien établi avec les gens ici est plus important que n'importe quoi. Une construction de lien ne se fait pas en quelques semaines...

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Je n'ai pas beaucoup de conseils pour ceux qui viennent travailler au nord pour les services sociaux mais j'en ai au moins trois. Le premier et le plus important est d'abord et avant tout d'apprendre à se taire, d'écouter, d'observer énormément et de travailler sa patience. C'est difficile pour nous les blancs qui carburons souvent à l'efficacité et aux solutions. Écouter ce qui est dit mais écouter aussi ce qui se passe dans le silence. Si vous parvenez un jour à écouter comme un inuk, vous aurez fait un grand pas.

Apprendre à lâcher prise est capital. Ce client qui se présente pas au rendez-vous prévu, cet avion qui ne décolle pas, cette neige si blanche qui fait que vous 'pogner' le char dans la neige, ce festival qui entraîne vos collègues inuits à ne pas se présenter au travail. Le lâcher prise au Nord est salutaire, nécessaire et grandement bénéfique pour votre santé mentale et celle de tous ceux qui vous entourent.

Il est important d'avoir une ou des personnes également idéalement dans le même domaine de travail que vous ou au moins au Nord ou au sud mais qui comprennent la réalité du Nord et à qui vous pouvez parler.  Pour partager ce que vous vivez, vos tristesses, vos peines, vos découragements, frustrations et aussi vos joies. On peut en avoir plus qu'un ou une! L'important, c'est de parler ou d'écrire... ;)

J'ai mis des images de mon voyage en Grèce question de mettre un peu de beauté...!
J'écrirai bientôt sur la judiciarisation des inuits... thème vaste s'il en est un mais que j'ai toujours voulu aborder. À suivre!
Atsunai!

jeudi 26 mars 2015

Fin, festival des neiges et nez rouge


Ai!
Je prends l'avion demain pour retrouver Montréal. Cette semaine était la semaine du Snow Fest. Voici quelques images prises par moi mais surtout ma collègue Sonia. Ma caméra n'aime pas le froid intense et se ferme malheureusement. C'est un beau festival qui revient chaque deux ans et qui rassemble les gens des 14 communautés du Nunavik et même des gens du Nunavut venus chanter, danser, s'amuser et participer à différents concours qui visent à mettre en valeur les éléments de la culture inuit traditionnelle. Les concours sont divers ; fabrication d'igloos, d'outils, chants de gorge, sculpture sur glace, course de traîneaux à chiens, ect. C'est un beau rendez-vous festif et important!
J'ai fait Nez rouge bénévolement également avec mon amie Christina. Je l'avais fait la première année mais c'est désormais un peu mieux organisé. Le Nez rouge version inuit est avec un walkie talkie et l'aide de la radio locale. Les gens appellent à la radio pour dire qu'ils ont besoin d'un lift à telle maison et nous écoutons la radio et arrivons. Il y a également une personne avec un walkie talkie qui reçoit des appels chez elle et qui nous transmet les numéros de maison. Une de nos stratégies personnelles était également de crier NEZ ROUGE comme des folles à l'extérieur du gym lorsque nous passions devant pour signifier notre présence. On se rappelle qu'il n'y a pas de taxi dans la communauté donc on sert aussi un peu à ça. Imaginez-vous qu'on a trouvé un homme qui était manifestement saoul mort et qui avait eu la bonne idée de s'étendre dans la neige...?! Voici un article sur l’événement de Noël pour ceux que ça intéresse; http://www.nunatsiaqonline.ca/stories/article/65674nunavik_community_offers_holiday_taxi_service/
Bref, c'était un peu fatiguant mais on a eu du fun et les gens étaient reconnaissants. Maintenant, vacances!
Atsunai!

jeudi 19 mars 2015

Les coupures et le suicide chez les inuits

Ai!
Tout d'abord dire que si j'ai osé penser (naïve que je suis) que le gouvernement Couillard ne couperait pas dans l'une des régions les plus pauvre du Québec, j'avais tord. On dirait que y'a toujours de l'argent à faire sur la misère. Le gouvernement ne renouvelle pas la prime de rétention sous prétexte que ça ne fonctionne pas. Il nous restera la prime d'éloignement et l'allocation nourriture seulement. Il n'a pas l'air de proposer d'autres façons de retenir le personnel au Nord par contre qui est une denrée rare. Il y a des négociations en cours mais la dernière fois il paraît que ça avait pris deux ans pour la ravoir de nouveau. Un programme de formation était également en cours pour former des community worker (les travailleuses et plus rares travailleur inuit) qui travaillent en partenariat avec les TS des communautés. Ce programme n'est également pas reconduit pour des raisons que je n'ai pas totalement compris. Pour avoir côtoyé des inuits qui étaient très motivés par ce programme, qui gagnaient en confiance en intervention et qui étaient si fiers de recevoir un diplôme à la fin de leur formation, je trouve personnellement que cette nouvelle est une grosse MARDE. J'essaie d'être politiquement correct la plupart du temps mais la non. Fuck you Couillard.

taux de suicide canadien
par tranche de 100 000 personne
Parlons suicide! Thématique triste s'il en est une, il faut néanmoins en parler car c'est une épidémie ici au Nord et le taux de suicide est l'un des plus élevés au monde. Je n'avais jamais abordé le thème en profondeur mais, dans le cadre de mon remplacement actuel, je rencontre beaucoup de gens hospitalisés suite à une tentative de suicide. Ce sont des jeunes surtout et, je ne vois pas ceux qui sont décédés évidemment. Les raisons pour avoir attenté à leurs vies sont multiples ; ruptures, maladies mentales, abus sexuels, abus de drogues, dispute avec un ou une amie, un membre de la famille, désespoir... Le suicide est fortement banalisé ici et on dirait que pour certaines personnes dès qu'une difficulté survient attenter à sa vie est la solution privilégiée. C'est plutôt selon moi un manque de facteurs de protection et un manque de mécanismes de 'coping'. Tout le monde ici connaît quelqu'un qui s'est suicidé et, pour ceux qui ne le savent pas, un suicide affecte directement au moins une dizaine de personne. Avec la petitesse de la population et le nombre élevé de suicide, ça risque de te fesser plusieurs fois dans ta vie si tu es inuk et d'ailleurs le taux de suicide chez les Inuits est de 11 fois supérieur à celui du reste de la population canadienne. Lorsque tu connais quelqu'un qui s'est suicidé, tu deviens également plus à risque d'utiliser cette option dans ta vie. Comme un jeu de domino, les gens sont si intimement reliés ici qu'il n'est pas rare d'en voir tomber plusieurs à quelques semaines, mois, années d'intervalles au sein d'une même communauté. Dans le village de Salluit, où j'ai fait deux fois des remplacements par exemple, l'hiver a été particulièrement difficile et il y a eu au moins 5 suicides en 2 mois dans un village d'environ 1300 personnes.
oeuvre d'Annie Pootoogook

Mon premier séjour au Nord s'était d'ailleurs terminé par le suicide d'un homme (à Salluit) avec qui j'avais intervenu. Sans surprises, ce sont les hommes qui meurent plus souvent mais d'abord selon moi (et les études) parce qu'ils utilisent des moyens plus mortels que les femmes qui préfèrent l'abus de médicaments. Les médecins en sont rendus à essayer d'effrayer les patients avec les conséquences de l'abus de médicaments du type tylenol à long terme sur leur foie tellement certains et certaines font des tentatives répétées. L'absence de projet de vie se transforme souvent en projet de mort ici.  Il m'arrive souvent de laisser partir des jeunes suicidaires de l'hôpital en disant au docteur que je crois qu'il y ait de fortes chances qu'ils reviennent, morts ou vivants selon leur volonté de la prochaine tentative de suicide. J'ai l'air d'en parler froidement mais non, c'est juste que j'ai fermement intégré la notion que ; chaque personne est ultimement responsable de sa propre vie.

Ce n'est pas aider les gens que de les surprotéger, de faire les choses à leur place et de leur donner des solutions qui ne viennent pas d'eux-mêmes. En faisant cela, les intervenants ne cherchent qu'a apaiser leur propre peur. C'est une réaction normale car nul ne veut se sentir minimalement responsable de la mort de quelqu'un et qu'on a souvent le complexe du 'sauveur'.  Je crois qu'ici comme ailleurs les gens ont le choix mais, je crois aussi que si j'étais née inuk, cette option en serait une intéressante pour moi comme pour les autres. Je me dis parfois que si j'étais inuk, je serais probablement souvent saoule, droguée et suicidaire. Il m'appert donc important de ne pas juger quelqu'un qui veut mourir mais plutôt de chercher ce qui fait que cette personne est toujours en vie et chercher avec elle des moyens pour qu'elle le reste encore mais, à la fin c'est elle qui choisit, c'est elle qui se coupe les veines, appuie sur la détente, avale les pilules ou va se perdre dans la toundra.  Pour aviver ou carrément rallumer un feu, une envie de vivre il faut une étincelle, des braises à la base et malheureusement parfois elle n'est même pas là. Ce n'est pas facile d'allumer du feu avec du bois mouillé.

Si on se remet dans le contexte historique, selon ce que j'ai lu avant la colonisation et la sédentarisation forcée, les taux de suicide étaient extrêmement bas et étaient souvent commis par des aînés en perte d'autonomie importante et des gens malades. Le suicide avait alors une autre signification, c'était davantage l'aspect 'Je ne suis plus utile pour ma communauté, je suis un fardeau donc aussi bien m'en aller'. En ce moment, je vois surtout des jeunes en pleine santé qui ne veulent juste pas continuer et qui, à la moindre crise ou difficulté veulent 'tirer la plug'. Les inuits traditionnellement étaient toujours en mode survie donc ils ne planifiaient pas pour le futur et ne faisaient pas de plans tant que ça comme tel. C'est donc difficile de raccrocher des gens à un projet quelconque car, encore aujourd'hui, rares sont ceux qui se soucient de l'avenir.

initiative Nunavut, 2013
Lorsque je rencontre quelqu'un et que je cherche avec la personne ce qu'elle pourrait faire la prochaine fois qu'elle ne va pas bien et que je regarde avec elle différentes options, je suggère souvent des choses qui ont été énoncées dans cette étude faite en partenariat avec les aînés du Nunavik et qui sont reconnues comme bénéfiques pour la santé mentale comme de se confier à quelqu'un, de ne pas s'isoler, de se changer les idées, faire de l'exercice, etc. Ces habiletés et connaissances ont donc été présentes dans la culture anciennement mais se sont perdues (?) suite à la colonisation, suite aux pensionnats et suite à la perte de valeurs traditionnelles.
http://www.naho.ca/documents/it/2006_Suicide_Prevention-Elders.pdf

Il est quand même assez paradoxal et triste qu'un des peuple les plus résistant de la terre qui a survécu dans des conditions aussi extrêmes pendant plusieurs années soit actuellement l'un des endroits au monde ou la mort est le plus souvent choisie de façon volontaire. Le Nunavik n'est plus 'la terre où vivre'. Heureusement, des gens se mobilisent et des programmes de prévention existent. Par exemple, à Salluit suite à la vague de suicide un travailleur social local a pris le téléphone et a appelé le 'regional health board' et a demandé d'avoir des éducateurs pour donner un training appelé 'Nunavik Applied suicide intervention skills' 'ASIST'. Cela a permis de former 44 personnes de la communauté à identifier les personnes à risques, à intervenir et simplement de démystifier que c'est correct d'en parler.  http://www.nunatsiaqonline.ca/stories/article/65674salluit_turns_to_asist_following_cluster_of_suicides_late_last_year/
Il y a de la lumière dans la noirceur et comme disent les aînés ;
'Inuit never gave up. Inuit always had hope.'
Atsunai!

mercredi 4 mars 2015

Les droits et surtout leur non respect...

Ai!
Je suis de retour à Puvirnituq depuis environ trois semaines. Je suis déjà au milieu de mon remplacement, ça va vite!  Je n'y avais pas travaillé depuis à peu près un an. Je ne sais pas si je l'ai déjà dit mais ce n'est pas mon village préféré. C'est juste que parfois je m'attends à plus vu que c'est ici que se trouve le centre hospitalier mais tu arrives et il n'y a aucun Taamani pour internet au bureau de la municipalité (notez que je n'ai vu ça dans aucun autre village ) après ça pendant la fin de semaine dès samedi le sewage (eaux usées) est plein et tu te dis...à Puvi, rien ne change car j'avais eu le même problème l'an dernier. On a eu des problèmes de téléphone au bureau et c'est un problème récurrent ici. Aussi, à mon arrivée contrairement aux autres villages j'ai du trouver par moi-même le conducteur du centre de santé et heureusement que je savais ou j'allais rester ... et ce n'était finalement pas le bon transit! Une de mes collègues devait déménager et elle est arrivée dans une maison ou vivait déjà quelqu'un... Bref, c'est pas vraiment impressionnant même si c'est ici ou il y a le centre administratif et le plus d'étrangers. J'ai vécu un espèce de choc aussi en participant à une rencontre sur les dossiers. Moi qui est habituée de me promener dans les villages et d'être en contact majoritairement avec des inuits, j'étais entourée de blancs parlant de la bonne tenue de dossier et de comment l'améliorer et je me suis dis encore une fois que les inuits ne me semblent souvent n'être que des ombres dans leur système de santé calqué sur le modèle du sud...et qu'a ce rythme la il y aura encore des blancs ici pendant très longtemps...

Saviez-vous que parfois des blancs font leur jogging aux alentours du village. Je ne savais pas mais on m'a dit que ça faisait parfois grincer des dents la population. Il faut savoir qu'il y a des gens qui ont souvent faim au Nord et que de voir un blanc bien nourrit qui court aux alentours du village lance un peu le message ; 'Hey, j'ai besoin de dépenser les nombreuses calories que je peux me permettre de manger vu que j'fais de l'argent sur votre dos'. 

Je remplace actuellement la travailleuse sociale de *liaison*. C'est à dire que je suis la pour les gens hospitalisés qui viennent d'autres villages. J'avais envie de vous parler des droits parce que je trouve parfois que la défense des droits est occultée et, ici autant qu'ailleurs, elle devrait prendre de l'importance car il arrive par exemple que dans le contexte médical, les droits les plus élémentaires comme le consentement aux soins soit totalement bafoué. Saviez-vous que vous avez le droit de refuser des soins jusqu'à ce que vous représentiez un danger pour vous ou pour les autres. Il y a une loi au Québec qui s’appelle la P-38. Cette loi d'exception dit en gros que si tu représentes un danger grave et imminent contre toi-même et contre autrui, on peut t'hospitaliser, te mettre en garde préventive contre ton gré pour un maximum de 72 heures. Or, il arrive au Nord que la notion de danger est surestimée ou mal évaluée et les gens sur-utilisent cette option alors qu'elle ne devrait même pas être envisagée. On agit alors de façon paternaliste et on hospitalise quelqu'un contre son gré alors que la loi ne nous le permet pas. Il n'y a souvent malheureusement pas de conséquences à ces actions qui sont rares je vous rassure parce qu'on a voulu faire 'pour le bien' et que dans les 'petits villages c'est difficile à gérer' donc aussi bien faire venir l'avion et les faire hospitaliser. Il n'en demeure pas moins que ce n'est pas une pratique légale et qu'humainement, elle est plus que discutable.

utopie?
Les inuits qui sont des gens rarement éduqués ne protestent pas plus qu'il faut car ils ne sont pas informés sur leurs droits. Une population ignorante a du bon, elle est plus facile à contrôler. C'est cynique mais, c'est ça pareil. Donc, oui parfois il importe de dire à une personne que le traitement qu'elle a reçu n'était pas approprié et oui, je vais l'informer de ses droits de porter plainte contre une infirmière, contre le centre hospitalier s'il le faut et non, je ne vais pas me sentir mal car je suis d'abord une travailleuse sociale et une des valeurs de ma profession est justement la défense des droits des personnes Voila, c'est dit.

Dans un autre ordre d'idée, saviez-vous que nous avons deux refuges pour femmes battues sur notre côte (pour 7 villages) et les deux sont inutilisables en ce moment. Donc, il n'y a pas de refuge pour les femmes pour les gens de la côte de la baie d'Hudson. Nous pourrons envoyer les femmes à Kuujjuaq mais seulement en cas d'extrême nécessité. C'est la joie pour les travailleurs sociaux *sarcasme*.  Souhaitons que cette situation sera temporaire. J'ai vu une femme à la COOP avec un œil au beurre noir gigantesque. Elle faisait ses emplettes comme si de rien n'était et je sais qu'elle a porté plainte contre son conjoint. J'en avais aussi vu au sud des femmes avec des marques comme ça mais, elles étaient à l'abri, dans les refuges ou j'ai travaillé. Celle ci a porté plainte mais pour les autres qui ne portent pas plainte et qui restent avec celui qui les violente, il y a une option de moins actuellement. La violence entre partenaires va toujours en augmentant et finit parfois par la mort de la femme...Les droits de la personne incluent le droit à la sûreté. Ici, les droits de la personne sont bafoués de différentes manières. Ce n'est pas pour rien qu'Amnistie Internationale blâme le Canada pour la violation systématique des droits des peuples autochtones. Ça s'illustre par plusieurs exemples.

Parlons festivités et thématique moins lourde! Ce sera le festival des neiges bientôt à Puvirnituq, évènement culturel et social de grande importance... à suivre!
Atsunai!

mercredi 11 février 2015

Le nord au sud et takutsugusuppuq (amour)

Ai!
Je serai de retour au Nord sous peu mais pour le moment j'évalue des inuits placés dans des familles à Montréal sous le programme d'un centre qui dispense des services spécialisés pour les enfants ou adultes présentant une déficience intellectuelle ou de l'autisme...Pourquoi? L'absence de ressource aidant ces inuits ne pouvaient plus rester au Nord. Ils ont donc à un moment donné de leur vie été orientés vers Montréal pour y vivre, loin de tout ce qui constituait leur monde et on avait un peu perdu leur trace. Pour certains ça va, pour d'autres c'est difficile. Il s'agit pour la plupart de ceux que j'ai vu de cas lourds, de grands poqués de la vie. Des gens rescapés d'un accident par notre système de santé qui a laissé de lourdes séquelles et d'autres avec des déficiences intellectuelles importantes. Encore une fois, on a des beaux exemples que l'amélioration des soins de santé au Nord n'est pas toujours ce qui rime le plus avec qualité de vie ensuite. Est ce que les médecins en voulant sauver à tout prix s'interrogent toujours sur ce serment qui dis ; 'Ne pas nuire' parfois je n'en suis pas sure. Pour quelques uns de ces gens rencontrés, j'ai du être avec un intervenant homme car ils étaient à risque de m'agresser sexuellement ou physiquement. Il ne faut pas oublier qu'il y a une partie des agresseurs qui sont des gens comme ceux la, des gens n'ayant pas les capacités de se contrôler ou de savoir ce qui est bien et mal.

La régie du Nunavik veut donc réviser leurs 'dossiers' dans un contexte d'austérité pour avoir un portrait plus global de leur situation et voir si les services rendus et facturés par ces établissements sont bien nécessaires. Depuis peu également, la facturation inter-établissement ne sera plus permise par notre gouvernement donc il y a ça aussi qui peut avoir un lien. Mes évaluations ne sont pas terminées mais à date, j'ai rencontré des gens très dévoués dans ces ressources et je doute qu'il y ait des coupures à y faire...Les gens qui y sont hébergés reçoivent également des services de professionnels très compétents.  Je ne suis pas comptable mais je serais prête à parier sur le fait que ces gens placés dans des ressources intermédiaire de type familial coûtent pas mal moins cher à l'État que ceux placés dans des institutions tout en ayant une meilleure qualité de vie. De façon intéressante, les gens qui sont responsables et vivent parfois dans ces ressources proviennent souvent d'autres pays. Pourquoi? Je n'en ai aucune idée mais il se peut que dans certaines cultures l'aspect 'vivre en communauté' soit davantage valorisé ou normal que pour les Québécois de souche? Je ne sais pas.

J'avais envie de vous parler d'un thème intéressant soit les relations de couple d'hier et d'aujourd'hui chez les inuits. La perspective historique nous rappellera encore qu'il s'agit d'une culture assez différente de la nôtre et vous allez voir pourquoi dans ce que je vais écrire... Il faut savoir que je vais beaucoup généraliser mais qu'il y avait des différences entre les différentes communauté et les inuits du Nunavik et du Nunavut...

Il n'a pas toujours été question de monogamie exclusive chez les inuits. Les échange de conjoints étaient présents mais en général la femme n'avait pas son mot à dire (sommes-nous surpris?). Donc si l'ami de ton mari voulait coucher avec toi et que ton mari était d'accord bien pas question de dire non. Parfois, si ton homme partait à la chasse plusieurs semaines et que toi tu restais à l'igloo t'occuper des enfants, il pouvait apporter une autre femme avec lui. Je ne sais pas si ça faisait la joie de tous mais c'était pour aider l'homme lors de sa chasse et aussi pour l'empêcher de commettre des actes de zoophilie ce qui était considéré très grave. Selon certains aînés, les gens à l'époque aimaient ces pratiques et les femmes aussi parfois car elles pouvaient ainsi avoir des relations avec d'autres hommes. Les femmes devenaient disponibles lorsque menstruées et on leur tatouait des dessins sur le corps/visage pour mieux indiquer leur disponibilité. Elles acquéraient aussi le droit de porter l'amauti (manteau traditionnel féminin pouvant accueillir des enfants).
tatouages faciaux sur une dame Inuit
Ce manteau est encore porté de nos jours. Le désir des femmes d'avoir ou ne pas avoir de relations sexuelles n'était pas toujours respecté bien évidemment mais on ne voyait pas ça comme un viol parce qu'elles devaient se soumettre c'est tout. Ce sont des pratiques qui avaient encore lieu il y a une centaine d'années donc il n'y a pas si longtemps historiquement parlant.

L'homosexualité était bien sur fortement condamnée et actuellement c'est encore largement condamné par la majorité des inuits. L'inceste était également fortement prohibé. La pire des déviances possible pour les inuits était la bestialité, avec un chien, un caribou ou un phoque. Pour 'guérir' de leur faute ces personnes devaient en parler.  Souvent également les mariages étaient arrangés par les parents et ce parfois même avant ou dès ta naissance. Donc t'avais pas vraiment le choix de te marier avec la personne qu'ils avaient choisis pour toi et tu devais apprendre à l'aimer. Un collègue inuit m'a également déjà dit que la tradition voulait que l'homme kidnappe la femme (l'attrape par son manteau) et l'amène pour ect... et après ils étaient considérés comme 'ensemble'. C'est pas mal romantique, hein?

Actuellement, puisque la colonisation a été faite par les chrétiens les inuits sont officiellement monogames mais officieusement c'est pas toujours le cas... Quoiqu'on pourrait dire cela pour des gens d'ici également! La jalousie est un problème très présent au Nord. Les inuits femmes et hommes sont souvent très jaloux et parfois n'ont même pas de raisons de l'être. Je me souviens de cette intervenante blanche de la DPJ qui avait été agressée par une femme inuit car elle échangeait des messages facebook amicaux avec le mari de la dame... La dame était entrée dans le CLSC un bon matin et s'était mise à battre l'intervenante. Il convient en tant que femme et en tant que personne blanche travaillant au Nord en général d'être au courant de cette réalité sensible pour plusieurs. Certaines personnes n'en font pas de cas comme ce policier blanc qui s'était mis à sortir avec une inuit, le copain n'a pas apprécié a voulu se battre et hop il se retrouve bien sur en prison pour voie de fait. Il faut être conscient de l'impact de nos actions au sein de la communauté mais certains s'en soucient peu. Il m'est arrivé aussi par le passé et à des collègues que des inuits nous offrent leurs 'services' tout simplement. De ce que j'ai pu observer, c'est davantage les hommes blancs qui se font approcher par les femmes. Il faut dire que l'attrait de la nouveauté, la possibilité que l'homme blanc ne soit pas violent est attrayante pour les femmes inuits. Parfois, elles idéalisent beaucoup l'homme blanc qui se retrouve à l'occasion être aussi violent que l'homme inuit malheureusement mais il y a aussi des belles histoires. Imaginez-vous que votre 'pool de cruise' sont les mêmes 400 personnes tout au long de votre vie et vous comprendrez l'attrait que les étrangers peuvent exercer chez les inuits. C'est tout! Si ça vous intéresse d'en savoir davantage, il faut lire ceci;

Atsunai!

samedi 24 janvier 2015

Lecture conseillée en passant

Ai!
J'avais envie d'écrire un tout petit mot pour vous parler d'un livre d'Emmanuelle Walter que je vous invite à lire. En fait, il est nécessaire de le lire. J'ai lu ce livre en ayant parfois les larmes au yeux et le cœur en rage comme à chaque fois que je pense ou parle de ce sujet en revoyant ces femmes Inuites violées et battues que j'ai rencontré dans le cadre de mon travail. En repensant aussi à cette discussion avec cette infirmière qui me disait que parfois elle envoie des femmes à Montréal pour des rendez-vous médicaux et ne les revoit jamais... Il semble difficile pour la plupart des canadiens et des québécois de simplement s'intéresser au sort des autochtones et je trouve que ce livre  'donne chair aux statistiques et raconte l’histoire de deux adolescentes, Maisy Odjick et Shannon Alexander. Originaires de l’ouest du Québec, elles sont portées disparues depuis septembre 2008. De témoignages en portraits, de coupures de presse en documents officiels, la journaliste découvre effarée ces vies fauchées. Sœurs volées apporte la preuve que le Canada est bel et bien le théâtre d’un féminicide.'


Atsunai!

lundi 22 décembre 2014

Noël, la fin, les armes

Ai!
Noël approche et au Nord les Inuits le célèbrent en grand ainsi que le jour de l'an. L'année passée j'avais participé aux célébrations du nouvel an donc cette année, je voulais voir celles du jour de Noël (et, on doit donner l'une des deux fêtes comme disponibilité)
La ts pas sure 
Mes collègues ont organisé un party de Noël pour les employés du nursing et d'autres partenaires de travail avec beaucoup de nourriture, des jeux et des prix. J'ai pu goûter à un petit oiseau appelé Aqiqqiq en inuktitut mais lagopède en français. C'est un oiseau qui se promène dans les alentours et qui est assez bon.  Il y avait également une parade à l'école et tout les organismes du village étaient invités à participer. Le but était de se déguiser, déguiser l'auto de service et se promener dans les alentours. Tout ça pour pouvoir gagner une statuette qui aurait pu être fièrement affichée dans notre bureau pour un an attestant que notre organisme avait été le 'meilleur' selon la population. Pour moi qui n'aime pas tant Noël, j'avais parfois l'impression d'être le Grinch qui aurait atterri à Chouville. Bref, mon enthousiasme de Noël étant restreint, j'ai été contente que des circonstances nous empêchent de participer à la parade...
maison de Puvirnituq
À Puvirnituq l'année dernière il y avait également un concours des maisons les mieux décorées. Durant le temps des fêtes à Umiujaq, les policiers en partenariat avec la municipalité émettent une interdiction de commander de l'alcool durant les fêtes. C'est justement pour éviter qu'il y ait trop de dérapages mais ça ne veut pas dire qu'il n'y aura pas d'alcool dans le village, la contrebande existe. La COOP offre également des rabais chaque jeudi du mois de décembre pour favoriser la consommation. Les gens du village se lèvent très tôt pour profiter de ses rabais. À Umiujaq, il y a eu des rabais de 20%, 30% à date mais il paraît qu'il y parfois des rabais plus grands dans d'autres villages. La folie de la consommation à Noël est parvenue jusqu'au Nord et, malheureusement on m'a soufflé à l'oreille qu'en janvier, les services sociaux auront à éponger diverses problématiques liées au fait que certaines personnes dépensent trop et se retrouvent sans le sou.

on mange à terre why not?
jeux
On se rappellera que les inuits mangent encore souvent de façon traditionnelle donc, au sol. Aussi, particularité intéressante que j'avais déjà abordé probablement, en général les inuits ne parlent pas en mangeant ou si peu. Tout le monde se tait et mange. Fouillez-moi pourquoi, c'est comme ça .Le temps des fêtes est un temps ou il y a beaucoup de jeux entre les inuits, des jeux d'habileté, des drôles de jeux mais, qui sont pris très au sérieux. À partir de demain, il y aura des jeux chaque soir sauf dimanche au centre communautaire et tout les gens du village sont invités à participer et à compétitionner... Dans l'ancien temps, les célébrations de Noël duraient un mois et demi et maintenant elles sont réduites à deux semaines.  Un grand festin a également lieu le 25 décembre dans chaque village et toute la communauté y est invitée. J'irai faire un tour, puis je prendrai l'avion quelques jours plus tard pour retourner vers mon chez moi ou je passerai le jour de l'an et le mois de janvier.

Dans un autre ordre d'idée, les inuits sont de grands chasseurs mais qui dis grands chasseurs dit beaucoup d'armes dans le village. Un enfant à été atteint par balle cette semaine par une balle perdue d'un jeune chasseur. Qu'on se rassure, l'enfant est sain et sauf et il y a eu plus de peur que de mal. C'est arrivé il n'y a pas si longtemps à Salluit et Ivujivik également mais il s'agissait de jeunes hommes et le dommage fut beaucoup plus grand. Les armes sont bien présentes dans toute les maisons, parfois entreposées sans aucune sécurité. Il est prouvé que la présence d'armes dans une maison augmente le risque de suicide et d'homicide. Venez mélanger ça avec la détresse et la violence présente au Nord et c'est un explosif mélange. Je me souviens d'une intervention conjointe avec un policier que j'avais beaucoup aimé. Le jeune que j'étais venue évaluer pour des idées suicidaires voulait le faire avec un fusil et il y en avait des tonnes dans sa maison. Devant mon insécurité à le renvoyer chez lui malgré le fait qu'il n'était plus activement suicidaire, le policier lui avait proposé de venir avec lui pour sécuriser les armes de la maison. Ils ont fait ce travail ensemble et le jeune a rappelé le policier quand il s'est rendu compte qu'une des armes n'avait pas son propre dispositif de sécurité. La théorie des petits pas, j'y crois. C'est en aidant à changer certaines habitudes qu'on peut apporter des changements à long terme mais, c'est un travail de longue haleine.

Je termine ce séjour et ce message sur cette entrevue de Widia Larivière de Femmes autochtones du Québec que je vous invite à regarder parce que j'ai parlé souvent de ce sujet sur ce blog mais bon pourquoi ne pas répéter? Je reviens au nord fin janvier mais mon expérience tire à sa fin...
Atsunai!






mercredi 10 décembre 2014

Les infirmières du Nord

Ai!
coucher de soleil sur l'Hudson
Cette semaine la DPJ d'Umiujaq qui est voisine des services sociaux a reçu des dons de vêtements et autres cossins. Elle a reçu plus exactement 28 boîtes et pas des petites boîtes, des grosses. Imaginez-vous donc que le lendemain, il en restait 5-6. Il fallait voir la bâtisse envahie par les gens de la communauté pour comprendre que c'était plus que bienvenu comme don. Je ne sais si ces dons sont reliés au temps des fêtes mais on soulignera quand même que la pauvreté ici comme ailleurs au Canada est présente à l'année longue... mais bon on le savait déjà. 

Une chose importante à savoir sur les petits villages de notre côte comme Umiujaq, Ivujivik, Akulivik c'est que les infirmières et plus rares infirmiers sont ce qu'on appelle des 'infirmières de brousse'. En fait, la plupart des infirmières au Nord ont souvent un rôle élargi mais il est encore plus grand en petit village. C'est à dire qu'elles font oui des soins infirmiers mais un peu n'importe quoi aussi. Le 'rôle élargi' qu'elles obtiennent en venant ici est aussi relié à beaucoup d'autres responsabilités qui n'ont rien à voir avec les soins infirmiers classiques.

l'allée des maisons grises
Par exemple, quand la TS qui vient d'arriver (moi) s'embarre dehors en laissant ses clés à l'intérieur c'est l'une d'entre elles qui va venir essayer un paquet de clés en plein blizzard pour essayer d'en trouver une autre qui marche. Si cette même TS pète la porte d'une laveuse du logement d'Ivujivik, elles vont lui dire que ce n'est pas grave, qu'elles vont juste la changer (elles-mêmes, oui) parce qu'au Nord 'rien de ne répare et c'est plus simple de remplacer'. Si encore la même fille (moi) se brûle avec son four, l'infirmière va faire des soins infirmiers avec elle mais aussi faire un peu plus que juste lui mettre des pansements en la rassurant sur l'évolution de la blessure. 

l'allée des maisons rouges
Certaines apprécient grandement la latitude que le Nord leur donne parce qu'au sud il paraît qu'il faut l'autorisation d'un docteur pour tout, même pour donner une Tylenol. Ici, elles peuvent faire des points de suture, mettre au monde un enfant, administrer les médicaments, intuber un patient et j'en passe. Mais, comme le dit cette célèbre phrase ; 'Un grand pouvoir amène de grandes responsabilités'.

Ces femmes et ces (plus rares) hommes aussi agissent parfois en situation de crise, des bébés qui arrêtent de respirer, des hommes et des femmes qui arrivent et qui sont à un cheveu de la mort,  des tentatives de suicides live ect. Elles en sauvent parfois et d'autres fois non. Parfois, dans les petits villages comme Umiujaq ou il n'y a pas de docteur et qu'elles ne peuvent donner les soins nécessaires, la personne doit être transportée en avion vers l'hôpital de Puvirnituq mais la température ne le permet pas alors elles sont là à attendre et espérer. D'autres fois, elles sont carrément impuissantes et le temps est compté mais, font de leur mieux, avec un docteur à distance au téléphone pour les épauler. Elles ont parfois à vivre avec le regard de la communauté lorsqu'elles n'ont pas pu sauver l'un des leurs... Il arrive que des bébés meurent dans leur bras et elles se sentent coupable et pourtant, tout le monde sait bien que certains bébés au Nord sont très fragiles, presque condamnés avant de venir au monde en raison de la consommation d'alcool ou de drogues de la mère durant la grossesse. Les victimes directes de ces abus sont les enfants eux-mêmes et les victimes collatérales sont ces infirmières qui n'ont pas pu les sauver, les travailleurs de la DPJ qui ont essayé d'aider l'enfant et bien sur la famille et la communauté qui s'est attachée à l'enfant le temps de sa courte présence sur terre... J'écris ceci en pensant à une situation particulière et parce que je trouve important de saluer le travail de ces personnes même si parfois elles m'énervent car certaines sont contrôlantes et pensent qu'elles sont les expertes sur tout! ;)
levée du soleil

Vous savez un jour un médecin m'a dis ceci, il m'a dis depuis que les soins de santé se sont améliorés au Nunavik, cela aggrave certains problèmes sociaux. Comment c'est possible me direz-vous? Ça s'explique par le fait qu'avant notre venue il s'effectuait une espèce de 'sélection naturelle'. C'est horrible à dire mais les gens qui avaient à mourir, mourraient et c'était mieux comme ça. Or, depuis que nous sommes ici, ils ne meurent plus ou en tout cas moins souvent mais ça ne veut pas dire que leur vie ou celle de leur famille est meilleure. La présence de l'enfant gravement handicapé met une pression importante sur l'ensemble de sa famille qui s'épuise et n'a souvent peu ou pas de support. C'est la même chose pour l'homme d'une cinquantaine d'année qui a fait un AVC et qui a eu des pertes cognitives importantes. Sa famille est épuisée et les ressources ne sont pas la. En même temps, ces personnes sont souvent victimes du manque de ressources également au sud mais au nord c'est amplifié par 10! Parfois, en voulant aider, on nuit.

me voyez-vous?

Dans un autre ordre d'idées, j'ai vu mon premier lièvre arctique!! La qualité des photos est pas superbe vu que j'ai zoomé au coton mais bon. J'étais surprise de voir à quel point c'est un animal dodu et grand. Il paraît que c'est le géant de la famille des lièvres. Les inuits l'appellent Ukaliq. On me dit qu'ils sont très présents ces temps-ci dans les alentours du village ainsi que les
renards arctique, leurs prédateurs...
coucou! 
Atsunai!

mercredi 3 décembre 2014

Umiujaq ou de l'autre côté du miroir

Ai!
entrée du village
Il m'est arrivé une chose spéciale en arrivant pour ma première semaine à Umiujaq. Spéciale, pour ne pas dire chiante. Il faut d'abord savoir que quand vous arrivez en tant que remplaçante au Nord on vous met souvent dans un transit en attendant que le logement que vous allez occuper pour votre remplacement se libère. Donc, le moment que j'attendais était arrivé et j'avais déménagé dans mon logement permanent. L'histoire est plus compliquée que ça mais je me suis retrouvée embarrée dehors avec les clés à l'intérieur. Le nursing n'ayant aucune clé de rechange (inhabituel mais causé par le roulement de personnel et le changement fréquent de serrures car certains partent avec les clés) donc, j'étais sans-abris pour un peu moins de 24 heures. On a finalement du briser ma porte pour que j'y entre. Je me suis peignée avec une fourchette, j'ai demandé à un gars qui restait à l'hôtel de m'apporter les petites bouteilles gratuites de shampoing et autres, j'ai dormi dans mes vieux vêtements et, j'ai reçu de l'aide alimentaire...


plage gelée d'Umiujaq
Vous savez quel est l'un des services des services sociaux les plus populaires dans certains villages? C'est le food emergency qui est accordé en priorité aux familles avec jeunes enfants et aux personnes âgées. Le prix élevé des aliments, la difficulté des inuits de faire un budget et les dépenses parfois importantes d'alcool peuvent faire en sorte que des gens se retrouvent devant cette problématique mais, il y a également milles autres raisons. C'est à dire que si vous avez pas d'argent et pas de nourriture vous allez aux services sociaux et, le ou la travailleuse sociale fera donc une évaluation avec vous de vos revenus et de la situation économique qui fait actuellement vous n'avez pas d'argent pour vous achetez de la nourriture. Ensuite, on appelle notre superviseur et il nous accorde ou pas la permission d'aller à la COOP avec la personne et de lui acheter de la nourriture. Attention, le rôle du travailleur social ne s'arrête pas la car il doit essayer de faire un plan avec la personne pour que ça ne se reproduise pas trop souvent et faire la police à l'épicerie en quelque sorte. La personne n'a pas le droit de s'acheter chips, liqueur ou autre junk food. L'argent du centre de santé doit servir à de la nourriture de qualité. Tout ça pour dire que l'espace d'un court instant ce fut moi la 'bénéficiaire' qui a accompagné ma collègue inuk qui refusait de me laisser mourir de faim ou de manger seulement du riz. Je ne me sentais vraiment pas bien de dépendre des autres pour ma subsistance, de ne pas avoir de ressources financières ou matérielles suffisantes et ça m'a frappé combien je ne sais pas comment font la plupart des inuits démunis (et de tout les gens démunis sur la planète) pour vivre comme ça...

plage d'Umiujaq
Dans un autre ordre d'idées, une chose importante à savoir sur le nouveau village ou je fais un remplacement actuellement, c'est  qu'avec Salluit, c'est l'un des pire village niveau voyage. Il y a souvent des forts vents, de la brume, bruine, brouillard et d'autres trucs (vents, blizzards) qui font que le voyageur ou la personne qui a besoin d'un avion que ce soit d'un avion Medevac (urgence médicale) ou d'un simple transport pour aller voir sa famille ne peut parfois pas décoller. C'est du à la position/relief du village. Des vents contraires s'affrontent. J'ai lu que des vents qui proviennent d'une direction entre le nord-est et le sud-est au dessus des collines produisent de la turbulence mécanique au-dessus de la piste. Bref, tout ça pour dire que depuis vendredi dernier c'est la première journée ou il fait 'beau'. Alors, je ne me fais pas d'espoir pour revenir à la date ou je suis censée revenir car mère nature dicte sa loi ici mais, en même temps ; À Umiujaq, on peut découvrir des phénomènes géologiques uniques au monde (Lac Guillaume-Deslisle, Lac à l'Eau Claire, Lac des Loups Marins, Petit lac des Loups Marins). En décembre 2012, le plus grand parc national du Québec, le Tursujuq, fut créé pour la protection de cet immense territoire qui n'est accessible que par avion. Je vais pouvoir aller explorer ça sous peu!

petite maison privée
Il y a quelques semaines, un jeune inuk est mort d'hypothermie dans la toundra des alentours. Il était parti chasser je crois, un blizzard s'est levé ils se sont perdus et l'un d'eux qui restait en arrière et était déjà en état grave d'hypothermie s'est mis à se déshabiller (oui, vous avez bien lu). Je ne savais pas mais quelqu'un en état d'hypothermie sévère adoptera parfois le comportement paradoxal d'enlever ses vêtements. Les personnes peuvent sembler saoules et désorientées complètement. Avant de mourir, elles adoptent parfois des comportements pouvant sembler étranges comme de s'enterrer. Ce n'est pas un comportement encore bien compris mais certains scientifiques pensent que ce serait un mécanisme primitif qui est activé par notre cerveau en dernier recours comme les animaux à sang chaud qui hibernent dans une tanière... Le 'déshabillage paradoxal' s'explique par le fait que le corps veut réduire au maximum la perte de chaleur donc les vaisseaux sanguins se contractent mais s'épuisent à la longue et s'arrêtent. C'est à ce moment que le sang chaud va rapidement des organes vitaux aux extrémités du corps et que la personne est submergée par une vague de chaleur. Elles pensent alors mourir de chaud (avec la confusion) et se dévêtissent... Important à savoir car ce sont des choses qui peuvent arriver n'importe ou au Québec avec les sans-abris à Montréal ou simplement si vous êtes adepte de randonnée et qu'un de vos compatriotes se met à agir comme s'il était saoul...

Jusqu'à présent, Umiujaq est agréable et les gens sont sympathiques même s'il semble y avoir des espèces de clans liés aux familles, à l'origine des gens, et aux institutions dans le village. Une famille détiendrait 'le pouvoir' au sein de la communauté et cela créerait tensions et insatisfactions au sein de la communauté. On dirait une espèce de société secrète ou comme une inuk m'a dit une 'native mafia' où il faut être prudent à qui on parle et de quoi... C'est assez mystérieux pour le moment pour moi alors j'observe et écoute...C'est aussi la première fois que dans la bâtisse oû je travaille je suis la seule Qallunak , ( le nursing est dans une autre bâtisse). À suivre pour la suite...


Atsunai!
selfie avec ma belle capuche!!