mercredi 1 octobre 2014

Fin de 'stretch', baies et aurores

Ai!
Me voici au point le plus haut du Québec et je repart en vacances vers mon monde vendredi.
Je suis arrivée en même temps que la neige mais le pilote a quand même pu atterrir. Les pilotes d'Air Inuit sont souvent surprenants dans le bon sens du terme. Chaque village est différent et, à Ivujivik, ça semble être tranquille, trop tranquille pour moi à prime abord! Je ne pense pas vouloir revenir ici. C'est parfait par contre pour quelqu'un qui aime de grandes périodes de tranquillité (lire ici, ne rien faire). Il est vrai que c'est un petit village avec seulement trois rues donc, il ne faut pas s'attendre à être submergée de travail. La dame qui est permanente ici débute sous peu sa pré-retraite, avis aux intéressés. Il n'y a également pas de travailleur social stable a la DPJ depuis très longtemps, la dernière ayant démissionné récemment. Avec la pénurie de personnel, le centre de santé priorise les villages avec plus de population et Ivujivik est très petit mais joli. Voici deux photos d'un de mes anciens collègues du village en hiver/été.

Avant de commencer mon aventure, j'avais lu un autre blog d'un jeune professeur à Ivujivik. Le lundi matin de mon arrivée à Ivujivik, j'ai appris par hasard qu'il venait de démissionner le matin même et qu'il partirait sous peu. On m'a dit que son absence amènera un grand vide mais, les blancs n'appartiennent pas vraiment au Nord et une faible minorité y restera toute sa vie. Les inuits savent que rares sont les blancs qui passeront toute leur vie ici et qu'une fois le travail terminé ils ne reviendront probablement pas sauf exceptions pour simplement visiter car les prix des billets sont ce qu'ils sont. Les rares qui restent sont ceux qui fondent une famille ici. Quant à moi, mon congé nordique avec mon CLSC est renouvelé depuis juillet pour une deuxième année. J'ai su que je peux le renouveler pour une période maximale de 48 mois (4 ans). Que sera sera, whatever will be will be. Deux des anciens travailleurs sociaux de la DPJ avec qui j'avais travaillé ont démissionné. Il est difficile de travailler pour la DPJ au Nord et le taux de roulement est plus grand qu'aux services sociaux... Éventuellement, j'écrirai sur leurs services en collaboration avec l'un de ceux qui a démissionné...A suivre... (oui, J, c'est de toi que je parle)

J'aime, au Nord, partager l'indignation. Ça me fait du bien de rencontrer des gens qui partagent mon indignation envers ce qui se passe ici (ou ne se passe pas). Je trouve cependant qu'il nous manque d'espaces communs officiels pour échanger, s'indigner et, pas seulement entre étrangers. On le fait dans un souper entre 'expatriés', dans un cadre de porte ou au téléphone mais plutôt de façon imprévue et, rarement de façon productive. 'Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin'. Je me met parfois à penser et à rêver a ce qui se passerait si blancs de passage et inuits unissaient réellement leur voix et leur force pour des moyens de pression, des lettres, des pétitions, name it! À suivre...

Je vous parlais des bleuets abondants il y a quelques semaines et c'était aussi la période des red berries (kimminaq) à Akulivik récemment. J'y ai goûté à même le sol de la toundra et une collègue inuk m'a également fait cadeau d'un pot de confiture home made. J'ai trouvé ça très gentil sauf que je dois dire que je préfère les bleuets car le goût des red berries est beaucoup plus fort et presque amer mais c'était intéressant à découvrir. Il y a beaucoup d'autres petits fruits sur le sol de la toundra ; des cloudberries (arpiq), des blackberries (paurngaq) et des bearberries (kallaq). Ces baies ont fait traditionnellement partie de l'alimentation traditionnelle des inuits et des chercheurs se sont penché récemment sur leurs bienfaits. Elles aideraient à la perte de poids, la santé intestinale and insulin sensitivity in diabetics. Je ne suis pas une scientifique mais je suis prête à parier que c'est également plein d'antioxydants... Oh, dans mes promenades dans la toundra, j'ai vu des oies des neiges. C'est une espèce qui se retrouve dans la toundra dès juin mais, qui passe l'hiver en bas. Elles sont jolies et assez craintives.

Ma dernière nuit à Akulivik, le ciel nous a fait tout un spectacle. J'avais rarement vu autant d'aurores sur une si longue période de temps et le ciel était très clair. C'était tout à fait magnifique et, pour une fois, j'ai réussi a prendre quelques photos potables. Il n'est pas facile de prendre les aurores en photos. Elles sont souvent vertes mais j'ai aussi vu des petites traces de mauve. Il y a beaucoup de mythes anciens très poétiques concernant leur existence. De la poussière éjectée par la queue du renard polaire pour les Samis, une partie de balle entre les âmes des morts pour les Inuits du Groenland ou une danse des esprits des animaux pour d'autres c'est tout de même plus amusant que de savoir que c'est simplement l'interaction du vent solaire et de l'atmosphère...

Je serai de retour au Nord en novembre... après un séjour au Iles Galápagos!
Atsunai!

vendredi 19 septembre 2014

Ivujivik, le plus haut village au Québec

Ai!
Mon séjour tire déjà à sa fin et je m'envolerai sous peu vers un village où je ne suis jamais allée. C'est le village le plus haut au Québec (et donc, le plus froid brr!) Voici un documentaire sur le village si ça vous intéresse (et que vous avez la vitesse internet pour!) http://mobile.tv5mondeplus.com/video/12-01-2012/ivujivik-198817/

Vendredi passé, nous apprenions par surprise que le permanent d'Akulivik revenait de son congé de maladie donc déménagement pour moi et changement de village! J'irai donc à Ivujivik qui veut dire «Là où les glaces s'accumulent en raison de forts courants». C'est un tout petit village, le plus petit que je vais avoir visité jusqu'à présent (370 habitants au dernier recensement).

Je quitte Akulivik avec un peu plus d'espoir pour la communauté que la dernière fois ou j'y étais passée comme je disais la semaine passée. Des problèmes ont été soulevés et discutés en réunion cette semaine. Il semblerait selon ce qu'on m'a dit que le maire du village et sa clique sont assez... comment dire poliment... lents à faire bouger les choses ici. Depuis plusieurs années, l'argent pour un gym est disponible mais aucune action n'est effectuée. Ça semble anodin pour les gens du sud mais ici où l'ennui et le manque d'activités en tout genre est flagrant, un gym est très important. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres qui font que les initiatives de certains travailleurs sont découragées, entravées je dirais même par la municipalité qui devrait pourtant collaborer. Je me souviens de cette phrase qui dis «Si vous ne vous occupez pas de politique, elle s'occupera de vous»... À Akulivik, on pourrait dire «Si vous ne vous occupez pas de politique, elle ne s'occupera pas de vous». C'est une histoire à suivre...

Je me rend compte qu'il est parfois de plus en plus difficile pour moi de partir. On dirait que j'oublie de ne pas trop m'attacher. Je m'attache à ce client un peu limité dont je gère l'argent l'espace de quelques semaines et qui nous visite à tout les jours, à cette collègue inuk qui aide tout le monde dans sa famille au détriment de son bien-être ou à cette autre qui vit avec un homme si contrôlant et violent mais qui m'en parle avec un petit sourire comme pour dédramatiser. D'autres villages, je me rappelle cet autre collègue qui mange sans arrêt des brownies et qui trouve toujours à rire quand je lui dis que ce n'est pas bon pour sa santé, de celui qui est tout un chasseur mais qui sait aussi écouter et comprendre les clients mieux que moi, de celle qui voulait m'attacher à une chaise avec du duck tape pour ne pas que je parte. Je me rappelle celle-ci plus âgée qui ne parle pas beaucoup anglais mais qui est toujours souriante et fidèle au poste et qui amène de la banique parfois pour les Quallunaat. Je me rappelle cette cliente dans un autre village qui attend depuis une éternité un placement au sud pour son enfant handicapé et je me demande comment elle va. Toujours partir sans savoir si on va revenir... Je pense aussi à mes gens au sud que je quitte souvent. Ce n'est pas toujours facile d'être prise entre deux mondes.

Je fais ça court, j'ai une valise à préparer! Dans un autre ordre d'idées, si ça vous intéresse, j'ai découvert qu'il y a des tisanes faîtes avec des éléments qu'on retrouve au Nunavik, un mélange d'épices fait à partir d'algues de la région et même des crèmes pour le visage aux algues! Ça peut être intéressant d'encourager ces initiatives commerciales et, par le fait même, découvrir de nouveaux produits. Voici les liens... Le premier décrit comment est né le projet avec les algues ;
http://objectifnord.telequebec.tv/explorer/liste/marees-de-l-ungava/algues
http://www.nunavikfoods.com/index_fr_ca.html
http://www.deliceboreal.com/fr/tisanes/
http://www.ungavacare.com/fr/welcome
Atsunai!



mercredi 10 septembre 2014

L'alcool

Ai!

Saviez-vous que le mythe selon lequel les populations autochtones seraient plus sensibles à l'alcool est faux? Je ne sais pas cependant si cela s'applique pour les inuits car ils n'ont pas les mêmes ancêtres/lignée génétique que les autochtones (les ancêtres des inuits sont les thuléens) mais, on va supposer que c'est probable aussi. Il semble au contraire qu'il se pourrait que les populations autochtones soient moins affectées par l'alcool et  «de même, une forte tolérance à l'alcool est généralement associée à un risque accru d'en devenir dépendant». Donc, pas de prédisposition mais en même temps pas de facteurs de protection non plus (comme les asiatiques) et, comme l’auteur de cet article le souligne si pertinemment, c’est davantage le milieu social et environnemental difficile qui prédispose…http://www.lapresse.ca/le-soleil/vivre-ici/la-science-au-quotidien/201409/06/01-4797872-le-mythe-de-leau-de-feu.php utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_sciences_1817902_accue

Il est intéressant que de constater qu’en ce qui concerne l’alcoolisme, deux visions peuvent s’affronter soit celle médicale ou soit celle sociale, environnementale. En ce qui me concerne, j'aime mieux penser que l’alcoolisme est le symptôme et non la cause. Cependant, il est certain qu’il est plus facile de dire que c’est en raison d’une particularité génétique ou physiologique que quelqu’un ou une population est alcoolique et non en raison de son environnement car, il est beaucoup plus difficile d’apporter des changements sociaux. Cela amène la majorité des gens incluant certains autochtones à penser qu’ils sont alcooliques parce qu’autochtones et donc prédisposés à l'être. C’est très pervers également car ça peut devenir un élément identitaire. Un jeune me disait par exemple ; «je ne me sens pas inuit car je ne bois pas, ne me drogue pas et ça ne m’intéresse pas».  Cela amène aussi une moins grande responsabilisation de la personne face à son problème étant donné que la croyance populaire fausse veut que ce soit «génétique, on ne peut rien y faire». C’est une pente très dangereuse à mon avis. 
Tout au long de leur colonisation, l’exclusion des Autochtones s’est
concrétisée par le renforcement de leur différence avec le monde des
Blancs, notamment dans leurs habitudes de consommation.
Diviser, différencier, déresponsabiliser pour mieux régner? 

Rien n'est jamais aussi simple qu'il paraît et il est plus facile d'envoyer des gens en traitement plutôt que de travailler sur la pauvreté, la misère sociale et intellectuelle et les impacts de la colonisation. En ce qui concerne les centres de traitement pour se «guérir» de cette dépendance, ils ne fonctionnent pas. D'ailleurs, ce n'est même pas moi qui le dis mais l'intervenant spécialisé en addictions pour la côte de la Baie d'Hudson avec qui j'ai parlé la semaine dernière. Ces ressources ne fonctionnent pas, c'est prouvé et facilement observable pour n'importe quel intervenant. Les gens qui y vont rechutent toujours ou presque. Un des gros problèmes est le fait que suite au traitement qui est presque toujours à l'extérieur de la communauté (Montréal ou Kuujuaq), les gens reviennent dans la communauté avec le même entourage et les mêmes problèmes sans suivi ou support. Heureusement, tranquillement pas vite, des initiatives sont mises en place pour palier à ce manque. La semaine prochaine, nous aurons d'ailleurs la visite de personnes pour tenter d'en débuter un ici.

Déjà la moitié de mon séjour qui s'amorce!  Ma première semaine ici, je n'avais pratiquement personne pour m'aider heureusement que c'était assez tranquille. Une de mes collègues inuk était allée cueillir des bleuets dans un autre village. C'est une activité très populaire ici vers la fin de l'été et le début de l'automne. Les gens revendent parfois les sacs de bleuets à des prix qui varient de 15 à 40$. Bref, une partie cueillie des bleuets l'autre Dieu sait-ou, on se débrouille comme on peut dans un village ou on ne connait pas grand monde. J'ai du avouer à ma boss que j'étais seule à un moment ou j'avais à gérer une situation problématique malheureusement ce qui s'est résulté en une absence de paye pour mes collègues. Avec le recul, j'aurais peut-être du rester un peu plus floue sur leur absentéisme mais personne ne m'en a tenu rigueur comme quoi même si elles le font, elles savent qu'elles ne devraient pas? Le fait est qu'ici les travailleuses communautaires ne travaillent pas toujours et se font payer quand même... Il faut savoir que les supérieurs sont dans un autre village et que les blancs ne sont pas la pour jouer les porte-panier. Travailler au Nord parfois c'est être pris entre l'arbre et l'écorce...Cette semaine, je recommence à être sans helper et c'est difficile de travailler dans ces conditions spécialement avec des gens ne parlant pas anglais du tout!

Il y a certaines légères améliorations à Akulivik depuis mon dernier passage. Il y a une travailleuse communautaire d'engagée pour travailler sur des projets visant la sensibilisation et la prévention dans la communauté, des idées de partir des groupes de support et l'autobus scolaire qui ne fonctionnait plus depuis un an fonctionne! Il faut voir le positif dans les petites choses...!


Dans un autre ordre d'idée j'ai fait du bateau me gelant les fesses avec des inuits en t-shirt pour regarder si les filets avaient recueilli de l'Artic Char sans succès tout en restant à l’affût parce que certains des gens du village croient au Big-Foot...  Aussi, cette semaine je n'ai pas de mots pour décrire (encore, je radote) mon dégoût du gouvernement Harper qui refuse de s'intéresser aux sort des femmes autochtones disparues et tuées donc j'emprunte ceux-ci ;

«Un peuple invisible», disait le chanteur
Tellement invisible que voilà que ses mères disparaissent
Sans laisser de traces
Sans créer de drame
Sans recomptage
Comme des papillons de nuit…
Des marches de l’empereur aller simple seulement
Des impératrices volatilisées
Qui partent à la chasse sans revenir au bercail
Des alertes AMBER sans pancartes
Mortes dans l’oeuf
Sans espoir de rançon
Missing, pas de pinte de lait
Bye
On tourne la page
Terrés derrière nos TV
Gênés d’être lucides
Faudra tout de même un jour oser le dire
Si ça, c’est pas un génocide
Dites au Larousse de nous garder une pleine page
Le temps qu’on trouve les mots justes
Ici gît le Tiers-monde
Né pour un petit pain
Mort à genoux
Les deux pieds dans le pétrin
le reste de ce texte de Grantalen ici ; http://grantalen.com/wordpress/?p=642

Le 4 octobre il y a une marche qui se tiendra à Montréal au Parc Émilie-Gamelin et j'y serai probablement. Il s'agit de la 9 marche/veille officielle pour les femmes autochtones disparues et assassinées mais comme disait Gaston Miron «Ouices choses ont déjà été ditesmais je les répéterai jusqu'à ce que vous les ayez comprises»
Je vous y invite! ;)
Atsunai!

mercredi 27 août 2014

La police au Nunavik


Me voici de retour au Nord à Akulivik après 8 semaines de vacances pour un petit séjour!
Akulivik j'y étais déjà allée brièvement et j'en ai parlé un peu ici http://mimiaununavik.blogspot.ca/2013/11/akulivik-la-derive.html
J'avoue que je n'ai pas sauté de joie quand on m'a proposé d'y retourner mais j'ai vu ça comme un nouveau défi car c’est le premier village ou je serai seule c'est à dire que c'est un village ou il n'y a ordinairement qu'un seul travailleur social. On va voir comment ça se passe...Je ne sais pas si l'ambiance a changé depuis mon dernier passage mais j'en doute car le TS qui me précédait a eu deux des vitres du logement brisées par des jeunes, c'était son premier passage ici et il m'a dit «on voit qu'il y a des communautés plus «poquées» que d'autres...».

Il m’a raconté une histoire qui eu lieu cet été et je vous la raconte car je trouve que ça illustre bien le clash des cultures. Un homme se noit. Il est dans l’eau depuis 45 minutes lorsqu’on le sort donc, on s’entend qu’il est pas mal mort. La croyance traditionnelle veut qu’on le laisse en paix, la tête en bas et que si l’eau doit sortir, elle sortira. Les policiers arrivent et amènent le corps au nursing et les infirmières doivent faire des manœuvres de réanimation tout de même sur ce corps qui est resté dans l’eau 45 minutes… Les inuits ne sont pas contents de ce manque de respect envers le défunt et leurs croyances. L’homme ne se réveille pas (est-ce que ça étonne quelqu’un?)  malgré le travail des infirmières coatchées à distance par un médecin qui n’est pas présent dans le village.  Dans cette histoire, la culture n’a pas été respectée comme souvent et entendons-nous que le white way fut assez inutile...

À l'aéroport, j'ai croisé une collègue inuk d'un autre village qui m'a dit qu'un homme d'Inukjuak avait été tué par balle le mois passé par les policiers alors qu'il tenait une poêle (oui) et était agité où menaçant. Cela a créé beaucoup de ressentiment envers les policiers dans la communauté selon cette collègueet je les comprends. Je ne sais pas le fond ni la véracité de l'histoire donc je ne jugerai pas l'intervention policière et une enquête indépendante de la SQ aura lieu pour justement comprendre ce qui s'est passé et comment ça a pu déboucher en mort d'homme.
À la base, personnellement je n'ai pas un préjugé favorable envers les policiers en général mais il ne faut pas généraliser et j’admets que je ne ferai jamais le travail qu'ils font ici. Les policiers d'ici en général sont plus souvent qu'autrement blancs…

87 policiers du KRPF sont Blancs, parfois Noirs, peut-être d’une autre couleur, mais presque jamais ne sont-ils Inuits (au 1er mai 2012, ils étaient 4 sur 87). Mais ça doit être pour le bien des Inuits, direz-vous ? Eux qui ne peuvent faire ce travail. EUX qui n’ont pas l’éducation pour occuper ces postes. EUX qui ne comprennent pas comment ça marche, protéger les leurs ! ON doit les aider. Un peu comme les Belges devaient aider ces Congolais; ou les Français, ces Algériens; ou les Anglais protestants, ces Canadiens francophones chrétiens… ILS ne comprennent pas la bonne manière de faire les choses. ON doit les aider… http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/372427/on-a-tue-steve-dery

Ils sont aussi très jeunes, inexpérimentés et en sous-effectif...
Je vous invite à lire cet article sur le travail des policiers au Nord ; http://www.journaldemontreal.com/2014/08/17/des-policiers-en-danger-dans-le-nord
Il s’agit du journal de Montréal donc je vais me permettre de critiquer un peu. Non, selon moi, le Nunavik n’est pas «particulièrement dangereux» mais oui le métier de policier l’est au nord comme au sud et il est vrai que les conditions de travail des policiers ici et les problématiques sociales les mettent plus à risque mais pourquoi on s’intéresse plus aux policiers blancs qu’aux Inuits tués par ces mêmes policiers? Pourquoi on entend rarement (sinon jamais) parler de la mort de ces inuits? Pourquoi leurs vies sont-elles moins importantes… parce qu’ils étaient en crise, en difficulté et méritaient ce qu’il leur est arrivé? Sur les 6 enquêtes décrites dans l’article 5 se sont soldées par la mort d’un homme par suicide. Si on s’intéressait à leur détresse et à une façon d’intervenir avec eu en état de crise qui ne se solderait pas par une mort d’homme?

Leur visage, ON ne le voit pas. ON voit ce qu’ON en a compris et c’est ainsi qu’ON le représente. On voit le Grand Nord, la beauté de ses paysages. On voit des chasseurs, vivant dans des igloos. On voit des alcooliques. On voit le désespoir. C’est ainsi qu’on LES voit. On voit tout ce qu’on veut, mais on ne voit pas les individus.
http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/372427/on-a-tue-steve-dery

Les Inuits ne sont pas majoritairement violents envers les blancs ou les policiers. Ils sont violents entre eux et envers eux-mêmes...

Sur une note plus légère qu’est ce qu’on fait quand son vol pour partir en vacances est annulé pour mauvaise température et qu'on vire folle comme ce fut le cas pour moi en juillet? On se BAIGNE! Je me suis baignée à Salluit … beat that Ice bucket participants! ;) Atsunai!





mercredi 2 juillet 2014

Melting pot de départ

Ai
Je repart au sud sous peu. Depuis le début de juin, la luminosité augmente sans cesse et les nuits sont très très courtes. Le soleil se couche vers 11hrs, se relève vers 3 heures du matin et même s'il se couche à 11 heures, ça ne veut pas dire qu'il fait noir... La semaine passée j'ai vu le coucher du soleil et son lever par une nuit d'insomnie particulièrement intense. Cette clarté amène souvent les enfants à passer la nuit dehors...

Avec l'arrivée du printemps/été au Nord à Salluit est revenu en force une pratique assez désespérante chez les jeunes du villages soit le sniffing ou l'abus de substances volatiles et de solvants pour avoir un buzz. Étant la remplaçante de la TS enfance-famille actuellement, les noms d'enfants qui sniffaient se sont mis a pleuvoir sur mon bureau en plus du reste. Plusieurs campagnes de sensibilisation ont été faîtes par le passé au Nunavik pour contrer cette pratique et une inuk m'a dit que pendant quelques années c'était moins présent selon elle parce que les gens étaient plus conscients du danger que ça représente. Dès la première fois que vous essayer, vous pouvez mourir on the spot. Donc, n'essayez pas ça à la maison. Cependant, le positif dans tout cela c'est que les gens de la communauté ici sont aux aguets et que s'ils aperçoivent des jeunes en train de sniffer, ils vont en parler. Le positif c'est aussi que les policiers de la communauté ont été formés sur le sujet et savent qu'il ne faut pas faire peur aux jeunes en train de sniffer ni leur courir après car il pourrait en résulter un arrêt cardiaque (oui).  Le positif c'est qu'il y a fréquemment des messages à la radio communautaire contre cette pratique. Le positif  (?) c'est qu'une professeure aurait dit que certains enfants se moquent de ceux qui sniffent parce qu'ils savent à quel point c'est stupide et dommageable.


Les glaces sont parties depuis la mi-juin à peu près ce qui libère les eaux de Salluit et permet aux inuits de partir en expédition de chasse par canot. Le fils de mon collègue a d'ailleurs tué un phoque l'autre jour et un béluga récemment.  Il paraît qu'il y a deux ans, les bélugas étaient visibles dans le fjord de Salluit par les habitants et qu'ils tiraient dessus à même la terre ferme! Il faut dire que le béluga est un met de choix ici. Comme j'en entend déjà protester contre la chasse des bélugas par les inuits je vais redire la même chose ici que j'avais dis pour les ours polaires. Réveillez-vous parce que ce n'est pas la chasse qui met ces animaux en danger mais bien la pollution et les changements climatiques et si vous voulez vraiment vous insurger pour leur protection ce que je souhaite ardemment  faîtes-le mais en visant sur Harper qui ouvre la porte aux compagnies comme TransCanada et autres du même acabit voulant faire du forage dans des endroits clés pour les bélugas http://action2.davidsuzuki.org/fr/belugas. Les pipelines et l'exploitation pétrolière sont beaucoup plus dangereuses pour la faune et la flore que quelques inuits tuant des bélugas pour nourrir leur famille et leur communauté.

Dans un autre ordre d'idée....Savez-vous ce qu'est la violence structurelle? J'ai appris ce terme à l'université et il résonne dans ma tête ici.
La violence structurelle a été théorisée par Johan Galtung (1969) et définie comme toute forme de contrainte pesant sur le potentiel d’un individu du fait des structures politiques et économiques (« any constraint on human potential due to economic and political structures »). Ces contraintes ont pour conséquence un accès inégalitaire aux ressources, au pouvoir politique, à l’éducation, à la santé ou à la justice. Il s’agit donc de cette forme de violence produite par des institutions étatiques (un système politique discriminant) ou des pratiques sociales (une norme sociale excluante) qui empêchent des individus ou des groupes de satisfaire leurs besoins de base. http://www.irenees.net/bdf_fiche-notions-213_fr.html

La semaine passée je parlais de la violence envers les femmes et cette semaine me voici abordant la violence structurelle parce qu'elle est, selon moi, très présente envers les inuits,  pas seulement envers eux mais bon. Pourquoi malgré le fait que la population du Nunavik soit composée à 35% de jeunes de moins de moins de 15 ans n'y a-t'il pas encore de Cégep dans tout le Nunavik rendant ainsi l'accès aux études supérieures beaucoup plus difficile pour les inuits? Pourquoi la crise du logement au Nunavik perdure malgré le fait qu'il est reconnu qu'elle exacerbe les problèmes sociaux et de santé et qu'il est reconnu qu'elle a été crée par un manque d'investissement du gouvernement?   Pourquoi un sac d'oranges à la COOP coûte 12$ et qu'environ 70% des enfants inuits de 3 à 5 ans vivent en état d'insécurité alimentaire aka ont souvent faim? http://www.feedingmyfamily.org/. Je n'aborde que ces trois domaines de la vie des inuits mais je pourrais continuer longtemps...

Cette forme de violence  est un processus lent qui produit de l’inégalité, de la souffrance et peut conduire à un état de misère permanent ou à la mort. Cette violence s’auto-renforce en désamorçant les ressorts qui conduisent à la lutte contre cette exploitation en constituant une entrave à la prise de conscience de sa propre condition et à la mobilisation. Elle conduit à la violence directe ou la résignation.

En ne mettant pas plus d'efforts pour permettre aux inuits québécois et canadiens de manger à leur faim, d'avoir un logement adéquat et non surpeuplé et en ne les aidant pas à mettre en place plus rapidement des structures facilitantes pour permettre à ceux qui le désirent de réaliser des études supérieures, le gouvernement du Canada ne leur permet pas de se réaliser pleinement comme il le ferait pour un autre citoyen et, en ce sens, il fait preuve de discrimination à leur égard.
Voici mon opinion, si vous ne la partagez pas...I don't care! ;)
Sur ce... Atsunai!

                                                                                                                                                                                                          Christina, la relève!                                        

mercredi 18 juin 2014

Revenir au point de départ et frustration

Ai
Nelson Mandela a eu ces paroles sages ; «C'est en revenant à un endroit ou rien n'a bougé qu'on réalise le mieux à quel point on a changé». Je ne dirai pas que rien n'a bougé à Salluit mais bon vous comprenez l'idée! Pour ceux qui ne le savent pas, j'ai commencé mon expérience au Nord à Salluit. J'ai beaucoup appris depuis ce premier séjour sur les inuits, le travail au Nord et sur moi.
Avec moins d'un an d'expérience au Nord, je suis déjà actuellement la plus ancienne blanche aux services sociaux de Salluit! Ce n'est pas difficile vu que ma collègue actuelle vient tout juste d'arriver pour son premier séjour au Nord mais elle a déjà l'âme d'un vétéran!  Dès ma deuxième semaine je me suis assise avec le sergent de police que j'avais déjà connu de mon précédent séjour pour parler de l'amélioration de la collaboration services sociaux-police et, même moi, j'en étais surprise. Travailler au Nord, c'est apprendre sur le «tas» et faire des choses auxquelles je n'aurais pas pensé à prime abord!

Travailler au Nord me rend aussi parfois pleine de colère, peut-être que je me répète...
La plupart du temps, j'arrive à gérer cette colère et la transformer en positif, en collaboration, en écoute, en compréhension et à passer par dessus pour ne pas me laisser envahir mais elle est quand même la.
                                                                                               murale de Fanny Aishaa
Depuis que je travaille au Nord, je vois et j'entend ma part d'histoires de femmes battues, violées et j'entend des histoires de femmes tuées, disparues. Lorsque je sors d'une intervention avec une de ces femmes ou je dois me retenir de pleurer, je suis en colère parce qu'elle n'est une parmi tant d'autres...
Et aussi parce que depuis 2012, l'assemblée des premières nations, Amnistie Internationale, l'ONU et autres organisations réclament une commission d'enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées et que le gouvernement continue de refuser. En étant femme autochtone ou inuk, tu part bien mal dans la vie parce que selon les statistiques tu as 3 fois plus de chances de subir de la violence qu'une blanche et oups si tu meurt ou disparaît c'est beaucoup moins sur qu'on retrouvera le coupable...
Selon les données recueillies par les Sœurs par l’esprit de l’Association des femmes autochtones du Canada, 1186 femmes autochtones ont disparu ou ont été assassinées au Canada entre 1980 et 2012. Leurs chiffres révèlent aussi que la situation s’est aggravée au cours des dix dernières années.
http://www.ffq.qc.ca/2014/06/reclamons-une-commission-denquete-nationale-sur-lassassinat-et/
Je me relisais et j'en parlais déjà en octobre sauf que le nombre était estimé à 600 femmes...Qu'on se le dise, le Canada n'est pas le pays de l'égalité mais on dirait que certains s'en contrecrissent comme notre gouvernement conservateur actuel... Ces femmes représentent 4% des femmes canadiennes mais 16% des femmes assassinées et 12% des femmes disparues et on n'en parle pas ou si peu donc me voici en train de le faire...


Sur une note plus légère, voici les photos de ma collègue de nos récentes découvertes culinaires. J'ai découvert le Pitsik (poisson séché) qu'une collègue inuit m'a donné. C'est du poisson cru qu'ils font sécher au soleil et c'est délicieux. J'ai aussi eu la chance (?) de manger un oeuf de goéland...Disons que je ne retenterai pas l'expérience... Atsunai!




jeudi 29 mai 2014

Candy drop

Ai!
Me voici de retour au nord avec un petit mot comme ça en passant. Je suis de retour à Salluit cette fois-ci.
Je suis attristée car nous avons appris qu'une de nos collègues inuk que j'aime bien d'un autre village a perdu son fils. Il était disparu dans la toundra et son corps a été retrouvé...Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé et comment il est mort mais je ne peux que trouver horrible et frustrant le fait que je travaille au Nord depuis moins d'un an et que deux de mes collègues aient chacune perdu leur fils dans des circonstances tragiques...Je vous rappelle que l'espérance de vie ici est d'une dizaine d'année moins qu'au sud et des exemples comme ça expliquent un peu pourquoi...

On dit souvent qu'il faut parler quand ça ne va pas bien, qu'il faut s'ouvrir et en parler à un ami, de la famille ou un professionnel. Les inuits et en particulier les hommes ne sont pas les gens qui parlent le plus de leurs émotions et souffrances en général. Un collègue inuk m'a fait cette réflexion «Maybe all the drinking that we do it's because we prefer to drink away the pain than to talk about it...»


Sur une note plus positive et plus cocasse, nous avons eu la chance de pouvoir voir et non participer pour ma part vu que j'étais sur appel (boo!) au candy drop. Il s'agit d'une tradition qui fut instaurée par un pilote de Kuujjuaq. Elle roule depuis 1965. Selon ce que j'ai lu initialement ce n'était que dans le temps des fêtes mais il a l'air d'étendre ça à d'autres villages et d'autres temps de l'année. Le pilote du nom de Johnny May survolait alors un champ près du village pour laisser tomber bonbons et autres cadeaux du haut de son avion faisant la joie de ceux présents. Un père Noël inuk, quoi! Selon ce que j'ai observé et entendu, il y a maintenant pleins de choses qui sont jetées du haut des airs... papier-toilette-vêtements-oreiller-bon d'achat à la COOP, argent, bonbons.... et boutons-pressions?! Bref, le budget aurait tourné autour de 20 000$. Certains peuvent dire que cet argent serait mieux investi ailleurs mais en même temps qui sommes nous pour juger alors qu'on paie nos joueurs de hockey une fortune et nos préposés aux bénéficiaires comme nous le faisons?!







Voici mes collègues sur le bord de prendre part à l'évènement!
Atsunai!





mardi 22 avril 2014

Le paradoxe de notre présence

Ai
Je m'envolerai bientôt vers le sud où il paraît que le printemps est finalement arrivé. Je ne sais pas combien de temps j'y resterai et si je reviendrai à Inukjuak après ou pas. C'est à suivre... Mon blog se meurt un peu, vous l'aurez remarqué. J'écris de moins en moins et il se peut que ce soit mon dernier message... ou pas! Avant de repartir au sud, j'aimerais dire aux gens qui me lisent et qui pensent parfois à aller travailler au Nord ceci.

Je n'en ai pas parlé souvent mais je ne pense pas que tout le monde puisse travailler ici. Il y a des gens qui viennent au Nord et qui repartent une semaine, un mois après. On dit que soit tu aimes ça, soit tu détestes. Les Qallunaat qui travaillent ici ont énormément de temps libre, parce qu'ils sont loin de leurs proches, loin de tout ce qui constitue «la vie normale du sud». Si vous avez un problème avec la solitude, ne venez pas ici. On ne peut pas aller au cinéma, aller manger au restaurant ou aller chez le coiffeur. On ne peut pas aller faire l'épicerie un dimanche ni en soirée, rien n'est ouvert et on ne trouve pas la moitié de la diversité de nourriture qu'on retrouve en bas, c'est pas toujours frais (une fois par semaine) à des prix qui sont souvent le double de ce que vous payez d'habitude. Ma dernière folle dépense ; 4 petites batteries tout à fait normales pour 13$.


Vous étiez supposé partir telle date pour assister à votre propre party de fête mais il ne fait pas beau et les avions ne décollent pas pendant 4 jours? C'est aussi ça travailler au Nord et c'est une histoire vécue. Vous êtes sur la route pour Montréal mais l'avion reste pris dans un village ou vous ne connaissez personne et vous devez vous débrouillez pour trouver un endroit ou rester? True story aussi. Vous ne parlez français qu'avec certains collègues et vous êtes une minorité ethnique.  En décembre, il fait noir à partir de trois heures et en été il fait très clair jusqu'à onze heure et le soleil se relève vers 3-4 heures du matin. Vous vous ferez fort probablement insulter un jour et on vous dira que vous n'êtes la que pour l'argent. Il y a des chances que vous vous fassiez agresser par un inuit parfois sans aucune raison valable. Il y a des chances que la personne à qui vous venez de parler se suicide ensuite. On vous volera peut-être quelque chose (mes souliers la semaine passée). Il faudra faire attention à votre utilisation d'eau et récemment une collègue d'un autre village m'a avoué qu'elle avait du faire ses besoins dans un sac pour les jeter dehors ensuite à cause du manque d'eau depuis plusieurs semaines (tout les camions de sewage de la communauté avaient rendu l'âme). Comme je vous disais, ce n'est pas pour tout le monde.

Je ne veux pas décourager personne, je veux juste que les gens qui y pensent aient une opinion réaliste et parce que je ne dis pas toujours le négatif et que je préfère écrire sur le positif. Dans certains domaines d'emploi, vous serez aussi moins exposés qu'une travailleuse sociale, j'imagine.

J'ai un beau titre non? Il y a longtemps que je veux aborder ce thème...

Je suis une blanche née au sud et éduquée dans les valeurs du «sud». Je ne suis pas née dans cette culture et pourtant j'y travaille à titre de travailleuse sociale en plus. Donc, que je le veuille ou non je suis porteuse d'une identité, d'une culture et d'une histoire.  Un jour une femme blanche travailleuse sociale très avisée qui travaille ici depuis bientôt 20 ans m'a dit ; «N'oublie jamais que tu représente encore d'une certaine façon un agent de colonisation». Sans l'avoir voulu ou compris en premier lieu, je m'inscris dans un système qui n'est pas adapté aux valeurs des inuits, un système de «Qallunak». Je représente un symbole d'aide mais aussi le symbole de ceux qui ont contribué aux problèmes et à l'assimilation des premières nations et des inuits. Les docteurs ne sont pas des inuits, les infirmières ne le sont pas aussi et tout les professionnels également. Je pense qu'il a y a une infirmière inuit dans tout le Nunavik.

Historiquement, l'intervention sociale avec les autochtones fut marquée par le colonialisme parce que oui les intervenants venaient ici avec une vision que les valeurs et la culture occidentale était meilleure pour les communautés dans lesquelles ils travaillaient. La DPJ a pendant 20 ans donc de 1960 à 1980 placé ou fait adopté des enfants autochtones et inuits par des familles blanches... On a appelé ça les sixties'scoop et c'est venu après le régime des pensionnats... Bon timing, hein?  Aujourd'hui la DPJ s'efforce de mettre les enfants dans des familles issues de la même communauté... at least vaut mieux tard que jamais. Combien d'enfants adoptés ou placés ont ainsi perdu une grande partie de leur identité culturelle au profit de la culture dominante? La DPJ demeure très impopulaire ici comme ailleurs et il faut toujours bien que j'explique que je travaille pour les services sociaux et non pour la DPJ.

Les autochtones et les inuits avaient leurs propres façons de gérer les problèmes de la communauté avant que nous arrivions. Comme dans d'autres domaines, nous arrivons avec des façons de faire qui ne sont pas les leurs et après on s'étonne qu'elles ne fonctionnent pas ou peu. Idéalement, nous ne devrions pas être la parce que parfois vouloir aider quelqu'un c'est lui faire plus de mal que de bienUn de mes collègues inuit a eu cependant une réflexion intéressante en disant que, selon lui, son peuple aurait encore besoin de nous (intervenants d'ailleurs) encore longtemps mais qu'un jour il espérait et je l'espère aussi que nous ne seront plus nécessaires.

Certaines communautés se prennent en mains et depuis 2004 les Cris ont réorganisé les services de santé et de services sociaux pour qu'ils soient orientés à partir de savoirs, de la culture et de la conception traditionnelle crie de la santé.

Tout ça pour dire qu'il faut constamment être en repositionnement par rapport à l'intervention ici. La beauté du travail social c'est justement que nous sommes notre propre outil de travail. Alors je termine sur cette réflexion pertinente d'une militante aborigène d’Australie qui fait du sens.
« If you have come to help me you are wasting your time.  But if you have come because your liberation is bound up in mine, then let us work together. » 
Lila Watson, 1988
Atsunai!

Oh et en passant... un film s'amène sur nos écrans tourné au Nunavut ...


mercredi 9 avril 2014

Les élections et les inuits

Ai!
Quelqu'un m'a posé la question récemment est-ce que les inuits s'intéressent aux élections provinciales? La réponse va de soi je crois mais, pour ceux qui ne le savent pas, j'ai l'impression que les inuits s'en crissent (scusez-la) comme on se crisse (scusez-la, bis) d'eux dans les campagnes électorales, dans la politique en générale et dans le Québec de façon plus globale. Avez-vous entendu beaucoup parler les partis politiques des autochtones ou des inuits? Non, donc c'est donnant-donnant. Selon l'auteur de ce
texte http://www.alaskadispatch.com/article/20140402/vote-or-not-vote-aboriginal-people-northern-quebec-decide qui a plus suivi la campagne électorale que moi, il n'y a que le parti québécois et Québec solidaire qui ont abordé les enjeux des populations autochtones. J'aime bien quand l'auteur dit que la CAQ et le PLQ ne mentionnent même pas les autochtones dans leurs plateformes mais ont des plans de développement en tête pour leurs régions et at the end of the day, they might talk to the people living in the land... Espérons! 

Il n'y a pas de pancartes ici, pas de discussions sur les partis politiques et pas d'intérêt. Probablement que les partis politiques savent aussi que les populations inuits et autochtones ne votent pas beaucoup donc pas d'argent à faire ou de votes à gagner et c'est une roue qui tourne... Pourquoi se déplacer ici pour parler des enjeux d'une population minoritaire au Québec qui ne vote pas beaucoup et qui est souvent perçue négativement par le reste du Québec... C'est pas un choix politique gagnant, je le comprends mais il n'en demeure pas moins que les inuits et les autochtones ne vont pas cesser d'exister parce qu'on en parle pas, qu'ils ne vont pas s'effacer par magie, que les problèmes de ces communautés restent et que c'est une honte. Voilà, mon message est passé. En passant, on se souviendra que les inuits contrairement aux autochtones paient des impôts aussi et ils ne reçoivent pas la moitié des services que les gens du Sud reçoivent, cherchez l'erreur. 

Je voulais faire un bref retour sur mes jours de formation sur les abus sexuels sur les enfants. En gros, il s'agissait de deux journées de formations divisées en de la théorie l'avant-midi et du partage (sharing) en après-midi. Je faisais partie d'un groupe d'une quinzaine de personnes. Ma première journée fut éprouvante car les gens présents ont parlé des abus sexuels qu'ils avaient vécus, des gens avec qui je travaille se sont également ouvert et c'est toujours plus difficile quand ce sont des gens qu'on connaît et qu'on apprécie...

Presque tous avaient une histoire reliée à un abus sexuel. C'était dur émotionnellement d'entendre cette souffrance. Je n'ai pas parlé le premier jour me contentant de recevoir et d'écouter. Le deuxième jour j'ai parlé et ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas une grande fan de parler devant un groupe mais je jugeais important de le faire vu qu'aucun Quallunak (étranger) n'osait le faire et que le sharing qui est un exercice souvent pratiqué chez les inuits ne doit pas à mon sens n'être qu'unilatéral.  Mon message n'était pas très original mais il consistait à dire que bien que c'était et c'est toujours difficile pour moi en tant que travailleuse sociale d'entendre cette souffrance je suis reconnaissante de les avoir entendus et que ce n'est qu'en parlant que les choses vont changer, que je le vois souvent en intervention. Lorsqu'une personne s'ouvre sur ce qui la ronge, elle s'en trouve mieux après et le silence et les secrets sont à bannir pour améliorer les choses.
À lire ici


La question qui tue. Pourquoi tant d'abus? Je vous répondrai en vous racontant l'histoire d'un homme que j'ai connu, qui a été abusé dans un pensionnat par des religieux et qui a ensuite abusé ses enfants. Cependant, ceci n'excuse pas cela et on sait bien que les abusés ne deviennent pas tous des abuseurs mais c'est une partie de la réponse. On se souviendra quand même que la majorité des enfants inuits d'une certaine époque ont du aller dans ces écoles ou on cherchait à «tuer l'indien en eux» et ou ils ont vécu abus physiques et sexuels...Le tabou sur cette question est également très grand chez les inuits. Les inuits n'ont pas toujours fait dans la douceur non plus avec les rapports hommes-femmes et les rapports hommes-enfants. On m'a raconté qu'anciennement un homme pouvait ramener chez lui une femme sans son consentement en l'attrapant par son amauti (manteau traditionnel) et que personne n'y voyait de problème... Plusieurs études tendent également à montrer que le manque de logement et le surpeuplement de ceux disponibles ont un lien direct avec la violence physique et les abus sexuels vécus par les enfants... Comme dans tout problème social, il n'y a pas qu'une seule explication possible... Ceux qui veulent approfondir ce que j'ai effleuré c'est par ici ; http://www.fadg.ca/downloads/absexoffend.pdf
Atsunai!

jeudi 27 mars 2014

retour au Nord encore!

Rebonjour à ceux qui me lisent!
Mes 5 semaines de vacances ont été productives entre un déménagement et un voyage au Costa Rica (j'ai mis quelques photos pour changer des photos de neige!), je n'ai pas trop eu le temps de m'ennuyer du Nord mais j'étais bien contente d'y revenir en plus du fait que je suis revenue à Inukjuak, village ou j'aime beaucoup travailler. Inukjuak est une belle communauté, très active socialement. Il y a de beaux projets enthousiasmants qu'il fait bon d'entendre parler dès son retour...Ça redonne l'espoir!

Depuis peu à Inukjuak, deux groupes se réunissent chaque semaine pour aider femmes et hommes du village à lutter contre l'alcoolisme et les addictions en tout genre. Cela a été lancé avec le constat très clair que les ressources pour traiter les inuits aux prises avec des problèmes de dépendances ont souvent des listes d'attente et que les inuits ne peuvent parfois pas avoir accès rapidement à un traitement approprié. À ma connaissance, il n'existe qu'une seule ressource en traitement des dépendances dans tout le Nunavik. Elle est située à Kuujjuaq ce qui fait que les inuits des autres villages désirant se traiter doivent quitter famille et amis. Les autres ressources sont souvent à Montréal donc encore plus loin et souvent encore plus éloignée de la culture inuit malgré certains efforts de programmes adaptés. Alors un groupe est formé ici et est animé par un travailleur social des services sociaux. C'est un début mais c'est prometteur selon moi et surtout ça respecte une des traditions inuit le «sharing» ou le partage si vous voulez.

Un autre programme emballant (oui, oui) s'amène la semaine prochaine. Il s'agit de «Good touch, Bad touch». C'est un programme qui vise principalement les enfants et les abus sexuels dont ils sont parfois victimes. C'est un thème très tabou dans la culture inuit. Dans la communauté où je suis actuellement un très vieil homme est connu comme le pédophile du village, il a fait beaucoup de victimes et croyez-le ou non il n'a jamais fait de la prison...?! Une infirmière m'a aussi dit un jour que parfois les enfants inuits ne sont pas continuellement à l'extérieur pour le plaisir d'y jouer mais aussi pour y fuir les abus sexuels et physiques... Voici un texte expliquant bien le programme ainsi que ses buts ;
http://www.nunatsiaqonline.ca/stories/article/65674nunavik_tackles_child_sexual_abuse_with_new_pilot_project
et la chose la plus géniale... cette activité sera donnée par des femmes inuites et je pourrai y participer! Je vous en donnerai des nouvelles...

Dans un autre ordre d'idée... Ahhh lala «He is a good hunter» ou «C'est un bon chasseur». Cette phrase on l'entend souvent des inuits femmes et hommes pour décrire un homme. Après tant de temps passé au sud, j'avais presque oublié comment c'était important pour les inuits d'avoir des bons chasseurs dans la communauté et de pouvoir dire de cet homme, non pas qu'il est un bon père, un bon mari, un bon travailleur mais un bon chasseur!

Il ne me viendrait jamais à l'esprit de décrire un homme de mon entourage en commençant par ses aptitudes à la chasse. Or, imaginez un peu que vous êtes nés dans un désert de glace gelé la plupart de l'année ou il n'y a que deux magasins d'alimentation qui ne sont établis seulement que depuis quelques décennies et qu'au moindre blizzard ou vent violents, les avions apportant fruits, légumes et viande n'atterrissent pas, on comprend l'importance que les chasseurs ont eu et continuent d'avoir dans une certaine mesure dans la culture inuit.

Les femmes ont développé une belle force dans la création de manteaux, de mitaines et de bottes. Vous devriez voir les œuvres d'art qui sont portés par les gens de la communauté ici parfois. Les tissus synthétiques ont remplacé les fourrures mais l'expertise des femmes n'en est que davantage teintée de coquetterie. J'ai trouvé certains examples sur des groupes facebook de différentes communautés de swap and sell ( échange et vente ) pour vous en montrer un mince échantillon... Pour ceux qui ne le savent pas le dernier manteau avec la grande capuche est un amauti. C'est un manteau traditionnel inuit et le grand capuchon sert aux femmes pour transporter les bébés jusqu'à l'âge de deux ans et les protéger du froid. Les femmes peuvent même allaiter à l'extérieur avec un manteau de ce type. C'est un vêtement traditionnel encore très porté par les femmes ici mais la couleur traditionnel est le blanc à ma connaissance. Le premier manteau avec de petits motifs bleus représente des ulus un couteau traditionnel utilisé uniquement par les femmes inuit. C'est un couteau qui sert encore aujourd'hui et qui a plusieurs usages tels qu'enlever la peau des animaux, couper les cheveux et anciennement tailler les blocs de glaces pour la construction d'igloos. C'est un couteau qui a une longue histoire, les plus anciens dataient environ de -2500.
 

C'est tout pour aujourd'hui! Atsunai!